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Les pôles de compétitivité : que peut-on en attendre ? (2008)

Gilles Duranton, Philippe Martin, Thierry Mayer, Florian Mayneris

lundi 31 décembre 2018

Gilles Duranton, Philippe Martin, Thierry Mayer, Florian Mayneris. Les pôles de compétitivité : que peut-on en attendre ?. Ed. Rue d’Ulm (ENS), pp.84, 2008. <hal-01053903>

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Résumé  :

Après presque cinquante ans de politique d’aménagement du territoire, le lancement des pôles de compétitivité constitue un tournant dans le discours public sur la géographie économique. Alors que l’objectif majeur de la politique d’aménagement du territoire était d’éviter la concentration des activités sur quelques régions riches et d’aider des territoires en déclin, la politique des pôles de compétitivité part de l’idée qu’il faut encourager le regroupement d’activités économiques et de recherche d’un même secteur sur un territoire donné afin d’améliorer la productivité des entreprises. On est donc passé d’une situation où l’intervention publique semblait présumer que la géographie économique ne pouvait être que trop concentrée à une situation où la spécialisation et le regroupement d’activités sur des territoires dynamiques – ce que l’on appelle des clusters – sont encouragés par l’État. D’un objectif affiché d’équité on est passé à un objectif d’efficacité.

Il est vrai que la concentration géographique des activités accroît la productivité des entreprises et cet opuscule analyse les différents mécanismes économiques qui peuvent générer de tels gains. Ces mécanismes impliquent que la géographie économique produite par les seules forces de marché n’est pas optimale ; cela justifie donc a priori une intervention publique. Mais en raison de la complexité de ces mécanismes, il est difficile de définir précisément ce que les politiques de soutien aux clusters devraient faire et comment elles devraient le faire. De ce point de vue, cet opuscule apparaîtra à contre-courant de l’enthousiasme que suscitent ces politiques.

Les politiques de cluster peuvent aussi avoir des effets négatifs lorsque l’on prend en compte le risque que fait courir une trop grande spécialisation des régions qui deviennent tributaires du destin d’un secteur, en particulier lorsque les travailleurs sont peu mobiles comme c’est le cas en France.
Certes, la difficulté et le risque ne peuvent pas être un argument contre une politique publique si le gain économique qu’on en attend est très important. Mais cela n’est pas le cas pour les pôles de compétitivité. Les gains existent mais ils ne sont pas miraculeux. À partir d’une base statistique très riche de données individuelles fournies par des entreprises françaises, nous pouvons quantifier ces gains : pour augmenter la productivité des entreprises concernées d’environ 5 %, il faut doubler le niveau de spécialisation dans une activité et une zone données. Il s’agit donc d’un changement important de la géographie économique pour un gain somme toute modeste. Surtout,
les entreprises prennent déjà partiellement en compte ces gains dans leur décision de localisation ; les clusters existent de manière naturelle. Il n’en reste pas moins que nos résultats suggèrent que la France gagnerait en terme d’efficacité à davantage de concentration géographique. De ce point de vue, le tournant affiché de la politique d’aménagement du territoire est le bienvenu.

Mais les clusters ne se décrètent pas. En effet, l’analyse d’une politique de cluster plus modeste que celle des pôles de compétitivité – la mise en place en France à la fin des années 1990 des systèmes productifs locaux (SPL) –, montre que le passage de la théorie à la pratique est difficile.

Nous ne trouvons pratiquement aucun effet des SPL sur la productivité des entreprises concernées, pas plus que sur l’attractivité des territoires concernés ; cela est cohérent avec les études empiriques existantes, qui montrent que les politiques publiques influencent peu le choix de localisation des entreprises. En revanche, notre analyse suggère qu’au-delà du changement affiché d’objectif, les préoccupations d’équité géographique n’ont pas disparu puisque les entreprises impliquées dans des SPL produisent dans des secteurs et des départements plutôt en difficulté.

Ces résultats ne signifient pas que les politiques publiques n’ont aucun rôle à jouer dans la géographie économique mais ils soulèvent la question habituelle de l’instrument d’intervention publique le plus approprié. Faut-il, par une politique centralisée, inciter les secteurs à augmenter leur niveau de concentration géographique à l’aide de subventions ou bien réduire les obstacles auxquels se heurte le développement de clusters « naturels » d’une taille efficace ? L’État a-t-il suffisamment d’informations pour choisir à la fois les « bons » secteurs et les « bons » territoires permettant de réussir dans la première option ? Il faut au minimum se poser la question de la pertinence de la seconde option, qui privilégie la réduction des freins réglementaires à l’entrée de nouvelles entreprises et à la sortie des anciennes, l’accroissement de la mobilité des travailleurs ou encore l’amélioration des infrastructures afin de réduire les coûts de congestion.


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