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Six idées économiques fondamentales - 2/6 - Théorème de Stolper-Samuelson : échanges commerciaux et inégalités

Le nouvel économiste - 10/08/2016

samedi 12 mai 2018

Le libre-échange avec les pays à bas salaires peut nuire aux travailleurs des pays où les salaires sont élevés. Cette remarque pleine de bon sens laissait traditionnellement de marbre les économistes.

En août 1960, Wolfgang Stolper, économiste américain travaillant pour le ministère du Développement du Nigeria, entreprit une tournée de la région pauvre du nord, une terre “de poussière et de dignité”, longtemps gouvernée par des émirs conservateurs et “des fonctionnaires britanniques de second ordre qui n’aimaient pas faire des affaires”.

Dans ce morne paysage commercial, une fleur étrange s’épanouissait : Kaduna Textile Mills, érigée par une entreprise du Lancashire quelques années auparavant, employait 1 400 personnes payées un maigre salaire journalier (qui serait aujourd’hui l’équivalent de 6,36 dollars). Et pourtant, il fallait une barrière douanière de 90 % pour la rendre compétitive.

La main-d’œuvre qualifiée était rare : la filature n’avait trouvé que six travailleurs dans l’État du nord capables d’être formés comme contremaîtres (trois échouèrent, deux étaient “bof-bof”, et un était “exceptionnel”). Certains employés devaient marcher quinze kilomètres pour aller travailler, d’autres pliaient sous les espoirs mis en eux par des parents misérables. Beaucoup abandonnèrent, ajoutant au coût de la recherche et de la formation des remplaçants. Ceux qui restèrent étaient souvent trop fatigués, inexpérimentés ou pas assez instruits pour entretenir les machines correctement. “La main-d’œuvre africaine est la plus mal payée et la plus chère au monde” se plaignit Wolfgang Stolper.

Il en conclut que le Nigeria n’était pas encore prêt pour une industrialisation à grande échelle. “Toute industrie qui exige de hautes responsabilités appauvrit le pays et ne vaut pas le coup” pensait-il. Ce point de vue ne fut pas partagé par ses collègues planificateurs. Mais les idées de Wolfgang Stolper avaient un poids inhabituel. Beau parleur, il buvait aussi comme un trou. Il aimait “se salir les mains” dans les travaux empiriques. Et sa carte maîtresse, qui lui valut le respect de ses amis et l’oreille de ses supérieurs, était le “théorème de Stolper-Samuelson” qui portait son nom.

Le théorème avait été posé 20 ans auparavant dans un article fondateur, co-écrit avec Paul Samuelson, l’un des plus célèbres penseurs de la discipline. Il apportait un nouvel éclairage sur un sujet ancien : la relation entre les taxes et les salaires. Sa renommée et son influence étaient omniprésentes et persistantes, précédant Wolfgang Stolper au Nigeria et lui survivant à sa mort, en 2002, à 89 ans. Encore aujourd’hui, le théorème façonne les débats sur les accords commerciaux comme l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) entre l’Amérique et 11 autres pays de la côte Pacifique.

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