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L’auto-entreprise désenchantée

Le Monde - 22.02.2018

mardi 27 février 2018

Tous entrepreneurs ! Réus—si-s-sez votre business story ! En 2016, le Salon des entrepreneurs de février, à Paris, regorgeait de dépliants de présentation enthousiasmants. Après avoir quitté une maison d’édition en difficulté et échoué dans une petite entreprise aux conditions de travail insoutenables, Sophie Vouteau mord à l’hameçon. "J’ai souhaité, comme un million de Français avant moi, goûter à l’indépendance en devenant auto-entrepreneur", confie l’attachée de presse et éditrice. Deux ans plus tard, c’est un désenchantement qu’elle raconte dans Ma vie d’auto-entrepreneur.

L’ouvrage dresse un état des lieux sévère du régime d’auto-entrepreneur. Au début, c’est pourtant avec entrain et entourée d’indépendants hyperactifs que la quadragénaire glisse vers la pluriactivité, un jour attachée de presse, l’autre rédactrice Web, ou encore webmaster, chef de projet et éditrice.

Mais une note sonne toujours faux. Ce ne sont pas les nuits passées à préparer des dossiers, à se former en ligne en urgence, à réécrire son profil LinkedIn. Le problème, c’est que plus elle travaille, plus elle s’endette. "Un non-sens. En multipliant les activités, je me suis appauvrie. Pas vraiment chef d’entreprise, pas tout à fait indépendante, patron de ma propre activité, mais dans une relation quasi salariée avec le client. Tantôt dans la peau d’une exécutante multitâche, flexible, malléable et corvéable à souhait, tantôt dans celle d’un entrepreneur qui peut réussir, j’oscille entre deux statuts. Je ne savais plus qui j’incarnais socialement ni ce que je représentais dans le monde du travail."

Quotidien kafkaïen

Sans parler de l’aspect kafkaïen du quotidien de l’auto-entrepreneuse. Sophie Vouteau a le code APE des sociétés de conseil en communication, elle est assujettie à l’Urssaf pour les cotisations sociales, au RSI pour les cotisations santé, à la Cipav pour les cotisations retraite. Elle dépend aussi des Agessa pour certaines prestations liées à ses droits d’auteur. Son espace de travail est en coworking, mais son entreprise est fiscalement rattachée à son domicile.

La titulaire en master de droit est un cas statistiquement intéressant. Dans l’ouvrage, elle fait aussi part du désarroi d’autres auto-entrepreneurs qui se sont confiés à elle, des "souris de laboratoire de l’économie", sur lesquels sont testées toutes les possibilités de modèles d’organisation du travail.

Margherita Nasi


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