Quelques lectures utiles
Quelques lectures utiles
ENC Bessières D1/D2
Site de l'académie de Paris

Accueil > 2D1 > chapitre 06 - Marché du travail et chômage > 2 - Explications contemporaines du chômage > Les Herbiers cherchent salariés désespérément

Les Herbiers cherchent salariés désespérément

Le Monde - 18.02.2018

mercredi 21 février 2018

Dans la ville vendéenne, le taux de chômage atteint 5 %. Les entreprises se battent pour attirer la main-d’œuvre

L’Oncle Sam, index pointé, se détache sur fond vert. "I want you", disaient les affiches placardées pendant la guerre. "Recrutement", proclame, en lettres rouges, celle annonçant la tenue du Salon de l’emploi des Herbiers (Vendée). L’événement, prévu le 15 mars, réunira tout ce que la commune vendéenne compte d’entreprises. Combien de candidats viendront ? La question inquiète. Dans ce coin du bocage, ce n’est pas le chômage qui menace, mais le manque de bras. L’essor de l’économie locale a presque complètement asséché le bassin d’emploi.

On est en effet loin, très loin des données nationales. Aux Herbiers, seuls 5 % de la population est sans activité, contre 8,9 % à l’échelle nationale. Et les problèmes de recrutement que signalent de plus en plus d’entreprises en France sont illustrés ici jusqu’à la caricature. Il suffit, pour s’en convaincre, de remonter la rue de l’Eglise. Partnaire, Adecco, Interaction… La ville de 16 000 habitants ne compte pas moins de 17 agences d’intérim ! Le nombre d’offres exposées en vitrine donne le tournis. "Quelquefois, on s’arrache les cheveux pour trouver un manutentionnaire, alors que ça réclame deux bras, deux jambes, un cerveau", se désespère une employée de Start People. Les besoins sont tels que certaines entreprises mettent leurs annonces d’emploi sur des enveloppes de baguette de pain, des sets de table, et, plus fréquemment, Alouette, la radio locale.

Dans la zone industrielle, des panneaux "On recrute" ont fleuri jusque devant les usines. Ces mêmes usines qui ont fait la prospérité de la région. Car, contrairement à d’autres terres agricoles, l’introduction, dans les années 1960, du machinisme en Vendée n’a pas provoqué d’exode rural massif. Les "ventres à choux", contraints de trouver leur pitance ailleurs que dans les champs, sont devenus artisans. Leurs enfants ont fondé des PME, dont certaines sont devenues des grands groupes comme Briand, spécialisé dans la charpente métallique, ou Jeanneau, pour les bateaux de plaisance. "Le Vendéen d’ici a l’habitude de se débrouiller tout seul, il n’attend rien de Paris", aime à répéter la députée Véronique Besse, la maire Mouvement pour la France, le parti dirigé par Philippe de Villiers, des Herbiers.

Mais que faire fasse au plein-emploi ? "J’ai des collègues qui se moquent, qui disent que j’ai des problèmes de riche. Ça ne me fait pas rire", déplore Laurent Soullard, qui dirige l’agence locale de Pôle emploi. Il reste 2 700 chômeurs de catégorie A dans sa zone. Alors, main dans la main avec les entreprises de travail temporaire, l’Herbretais évangélise les entreprises pour qu’elles recrutent des "profils inattendus". Qu’elles prennent surtout le temps de les intégrer, de les former. "C’est le levier majeur, explique-t-il. En deux ans, on a doublé le nombre d’entrées en formation, et 70 % des personnes qui passent par là sont toujours dans l’emploi après six mois."

La mobilité, une priorité

Avec K-Line, filiale du groupe Liébot et leadeur français de la fenêtre en aluminium, Pôle emploi a mis en place un processus d’embauche fondé sur les aptitudes et non sur le CV. Cette méthode de recrutement par simulation a permis d’intégrer 60 personnes à l’entreprise sur les 300 qui ont suivi la demi-journée de mise en situation en usine. Cela ne suffit pas, loin de là, à combler les besoins. En 2017, K-Line a recruté 200 personnes en CDI et compte bien en faire autant cette année. "Principalement des opérateurs, des conducteurs d’équipement industriel, mais aussi des techniciens de maintenance, des manageurs de production, des informaticiens…", égrène Pierric Postic, directeur des ressources humaines de l’entreprise.

La société a de grandes ambitions. Deux grues de chantier jouxtent le siège. Le terrain a été retourné et, d’ici à 2019, un restaurant d’entreprise et de nouveaux bâtiments devraient sortir de terre. Une cinquième usine a été construite dans l’Ain, en plus des quatre qui sont sorties de terre depuis 1997, dans la zone industrielle des Herbiers. A l’intérieur, peu de monde, beaucoup de machines. On peine à croire que 1 200 personnes, sans compter les intérimaires, tournent sur ces sites.

La plupart des ouvriers et des cadres sont des gens du cru. Chez -K-Line, les "étrangers" – un Alsacien, quelques Parisiens et Toulousains –, se comptent sur les doigts de la main. La Rochelaise Marianne Ordureau fait partie de ces déplacés qui ont pris racine. Employée depuis vingt ans chez le constructeur naval Jeanneau (racheté en 1995 par son concurrent vendéen Beneteau), elle a vu le bocage se transformer. "Maintenant, les routes sont bonnes. Plus besoin d’aller à Cholet ou à Nantes pour changer son électroménager." Pas sûr que cet argument suffise à attirer la main-d’œuvre. Car même si elle est à une heure de Nantes et de la mer, la commune souffre d’un manque de logements et surtout de desserte ferroviaire.

Corinne Margot, la directrice des ressources humaines du groupe Beneteau, fait pourtant feu de tout bois. Une "task-force recrutement" a été montée en septembre 2017 pour les 500 postes à pourvoir en 2018. L’enjeu est double : satisfaire la demande et remplacer les nombreux départs à la retraite. Après avoir freiné les embauches pendant la crise de 2008, le constructeur a, pour la première fois, fin 2017, embauché des opérateurs directement en CDI. La formation en interne a également été relancée pour faciliter la transition générationnelle. "Hier, on a même posté des annonces sur Leboncoin", soupire la DRH.

Ses équipes ont surtout élargi leurs périmètres de prospection. "Je leur ai dit d’aller dans la Creuse, chercher des ex-salariés de l’équipementier automobile GM & S", assure Mme Margot. Plus près des Herbiers, une campagne de recrutement a été organisée en Basse-Normandie. La mobilité des travailleurs est devenue une priorité. Des mesures d’accompagnement généralement réservées aux cadres (aides au logement, au déménagement…) pourraient bientôt concerner les petites mains. "Tout ça coûte cher, reconnaît la DRH, mais ça vaut mieux que ne pas sortir les bateaux. Heureusement, le tam-tam fonctionne ! On a eu nos premières candidatures de Marseille !"

Élise Barthet


| Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Quelques lectures utiles (académie de Paris)