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Grand Paris Express : la Cour des comptes s’alarme

Le Monde - 18.01.2018

samedi 20 janvier 2018

La facture de ce projet pharaonique pourrait atteindre 38,5 milliards d’euros, loin des 19 milliards prévus à l’origine

Alors que les premiers tunneliers s’apprêtent à entrer en action, l’ardoise du Grand Paris Express s’alourdit de jour en jour et cela n’a pas l’heur de plaire à la Cour des comptes. Mercredi 17 janvier, Didier Migaud, son premier président, devait présenter à la Commission des finances de l’Assemblée nationale son rapport définitif sur ce projet s’étendant sur 200 kilomètres de lignes automatiques et comptant 68 gares.

Selon ce document, dévoilé par Reuters et que Le Monde a pu consulter, la dérive des coûts de ce chantier pharaonique est bien plus importante qu’estimée cet été. La facture du projet, qui prévoit la construction de quatre nouvelles lignes de métro automatique en rocade autour de Paris, était encore estimée à 35 milliards d’euros mi-2017, mais elle pourrait en fait atteindre 38,5 milliards d’euros.

En 2009, quand le projeta été officiellement lancé, l’enveloppe qui devait lui être consacrée s’élevait à 19 milliards d’euros. Quatre ans plus tard, le projet était redimensionné, de même que son coût – à 22,6 milliards. Enfin, début 2017, la Société du Grand Paris (SGP), l’entreprise publique qui pilote le chantier, misait encore sur un budget de 29 milliards d’euros. Un chiffre désormais largement dépassé du fait d’un mauvais calibrage, notamment des provisions financières pour aléas et imprévus.

Dans le même temps, les délais ont été revus largement à la hausse.Il devient impossible pour la Cour des comptes, comme pour la SGP, que les lignes 15, 16, 17 et 18 soient prêtes en totalité pour les Jeux olympiques de 2024, voire pour l’Exposition universelle de 2025. A cet horizon, rares devraient être d’ailleurs les lignes à fonctionner.

Au départ, la Société du Grand Paris devait se financer grâce à diverses taxes prélevées en Ile-de-France. Vu les excédents de trésorerie accumulés depuis 2013, elle a été mise à contribution par les gouvernements précédents pour financer, à hauteur de 3,4 milliards d’euros, d’autres projets d’infrastructure, dont le prolongement des lignes 14 et 11, et les travaux de certaines lignes de RER.

Pour la Cour des comptes, ces avances devraient pénaliser à long terme l’équilibre du projet global du Grand Paris Express, poussant la SGP à emprunter plus que prévu, alors que ses recettes n’ont pas été réévaluées à la hausse. Entre les dérives financières et la ponction pour financer les infrastructures sans lien avec le Grand Paris, le montant des frais financiers à payer par la SGP pourrait quadrupler par rapport aux estimations initiales et "atteindre près de 134 milliards d’euros" et "l’échéance de remboursement complet de la dette serait reportée de 2059 à 2084". Au plus tôt.

Conséquence : la SGP pèsera sur le niveau du déficit budgétaire, puisqu’elle pourrait représenter "environ 1,13 point de PIB de dette publique supplémentaire en 2025 et 0,69 point de PIB de dette publique supplémentaire en 2050". Etant donné les impasses de financements, il y a un risque pour la Cour des comptes de faire entrer à terme la SGP "dans un système de dette perpétuelle" à l’image de SNCF Réseau, qui accumule déjà 45 milliards d’euros de dettes…

Sous-effectif chronique

Pour les magistrats financiers, il est temps que le gouvernement reprenne la main afin de "rétablir la soutenabilité de long terme de la dette de la SGP". A l’automne, le préfet d’Ile-de-France avait proposé au gouvernement de décaler la mise en service des différents tronçons pour lisser les dépenses. D’ici à fin janvier, le président de la République devrait rendre son arbitrage. "Néanmoins, note la Cour, la seule modification du phasage du projet d’ici à 2024-2030, telle que proposée par le préfet de la région Ile-de-France dans son rapport, ne permet pas de s’assurer de la soutenabilité de long terme du modèle économique de la SGP et du projet."

Au-delà de ce constat, la Cour estime que l’Etat a failli dans sa mission de contrôle, tandis que la SGP n’a pas été à la hauteur du projet, avec une absence de gestion efficace des risques. En cause notamment, le sous-effectif chronique de la SGP, qui dispose d’à peine 210 emplois autorisés par l’Etat, contre trois fois plus pour des projets bien moins importants…

Pour l’institution, "même si la légèreté de la structure a donné à l’établissement une agilité certaine dans la phase de conception du projet, son dimensionnement actuel entraîne des risques de surcharge de travail pour le personnel et amène à s’interroger plus généralement sur la capacité de la SGP à piloter convenablement le projet". Reste à connaître les projets de M. Macron pour réformer l’établissement public. D’après la lettre professionnelle Mobilettre, un fait semble acquis : les recherches ont été lancées pour remplacer son président, Philippe Yvin, jugé en partie responsable des dérives actuelles. De même, Bercy pourrait être appelé à contrôler la SGP, lui retirant son autonomie.

Renforcer le pouvoir de Bercy serait ironique, sachant que le ministère des finances bride depuis des années la SGP, en lui refusant notamment d’augmenter ses effectifs. Le 12 janvier, Jacques Baudrier, conseiller communiste de Paris, a réclamé l’embauche d’au moins 300 salariés supplémentaires dans les domaines technique, administratif et financier. "C’est la condition indispensable pour empêcher les dérives de coûts et de calendriers", estime-t-il. Reste donc à convaincre Bercy.

Philippe Jacqué


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