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L’Obamacare résiste aux républicains

Le Monde – 28.12.2017

mercredi 3 janvier 2018

Malgré les efforts pour affaiblir l’assurance-santé, la campagne de réinscription est un succès

D’une pierre deux coups, du moins en apparence. En célébrant l’adoption d’une réforme fiscale historique, le 20 décembre, le président des Etats-Unis s’est longuement attardé sur l’une de ses dispositions : la fin des sanctions financières pour les personnes ne souscrivant pas d’assurance-santé. La suppression de cette mesure, selon Donald Trump, permet indirectement au Parti républicain de tenir un autre de ses engagements de campagne : l’enterrement de la protection sociale léguée par son prédécesseur démocrate. "L’Obamacare a été supprimé par cette loi", a affirmé le président.

La réalité est bien différente. En dépit des efforts de la nouvelle administration pour affaiblir cette assurance-santé qui bénéficie à environ 20 millions de personnes, tous programmes confondus, l’essentiel de la loi reste en effet en place. La campagne annuelle de réinscription qui vient de s’achever, écourtée d’un mois pour la majorité des Etats, n’a pas produit le désastre sans doute secrètement espéré. L’administration Trump avait pourtant réduit de 90 % les fonds accordés pour sa publicité, qui était assurée auparavant par le président Barack Obama lui-même.

Près de 9 millions d’Américains qui ne peuvent pas bénéficier d’une couverture santé à travers leur employeur y ont souscrit pour l’année à venir. Selon l’analyse des résultats de l’agence Associated Press (AP), les quatre personnes sur cinq se trouvent dans des Etats remportés par Donald Trump lors de l’élection présidentielle. AP a même noté une inscription plus forte pour 2018 par rapport à 2017 dans huit Etats du Midwest gagnés parfois très largement par le candidat républicain, dont les deux Dakota, le Kansas et le Wyoming.

"J’ai été surpris" par l’ampleur des réinscriptions, avoue Jœ Antos. Ce spécialiste des questions sociales à l’American Enterprise Institute, un cercle de réflexion conservateur de Washington, s’attend désormais à un chiffre total d’inscrits supérieur à celui de l’année précédente lorsque tous les Etats auront terminé leur campagne d’inscription. Ce succès tient selon lui à une formule exagérée à dessein : "Personne n’est contre quelque chose qu’il peut avoir pour rien." Tant que les subventions fédérales prévues par la loi resteront en place, assure-t-il, l’Obamacare restera "stable".

Alors que Donald Trump ne cesse de décrire un système en voie d’implosion, Jœ Antos estime au contraire que l’équilibre entre le nombre d’assurés, les subventions et les assureurs se maintiendra. Seule une incertitude d’ordre politique, comme, en 2017, l’objectif des républicains d’une suppression, pourrait selon lui conduire à une hausse des coûts de cette couverture santé. La suppression de l’obligation de s’assurer vantée par le président ne devrait jouer qu’à la marge, selon l’expert.
Les républicains divisés

En retirant un point impopulaire, car "les Américains n’aiment pas par nature que le gouvernement fédéral leur dise ce qu’ils doivent faire", assure Jœ Antos, le camp républicain pourrait paradoxalement renforcer l’image de l’Obamacare. Son instauration a conduit à une baisse historique du nombre de personnes non assurées vivant aux Etats-Unis (10,9 % en 2016), même si ce chiffre est légèrement reparti à la hausse depuis l’arrivée de M. Trump à la Maison Blanche.

Cette analyse est confirmée par l’évolution de l’opinion des Américains sur le sujet. Depuis la victoire du républicain, élu sur la promesse de "supprimer et de remplacer" le Patient Protection and Affordable Care Act, nom officiel de la réforme de son prédécesseur, cette dernière est devenue populaire pour la première fois, comme l’a montré le baromètre de l’institut Gallup.

En un an, de novembre 2016 à novembre 2017, le taux d’approbation est passé de 42 % à 50 % avec un pic à 55 % en début d’année. Les avis opposés ont fondu de 53 % à 44 %, et les partisans du projet républicain ont baissé de 37 % à 29 %.

L’Obamacare a modifié durablement le regard des Américains sur la protection sociale pour les bas revenus, selon Jœ Antos, "même si les démocrates trouvent qu’elle ne fait pas assez, alors que les républicains rejettent l’intrusion de l’Etat". Un autre baromètre de Gallup montre qu’une forte majorité de personnes interrogées (56 %) considère aujourd’hui que la couverture santé relève de la responsabilité fédérale, soit le plus haut résultat depuis 2006.

Les divergences au sein du camp républicain témoignent de cette évolution. La sénatrice du Maine Susan Collins, qui s’était opposée à son abrogation, a ainsi monnayé un vote favorable à la récente réforme fiscale en échange de l’engagement du patron de la majorité conservatrice, Mitch McConnell (Kentucky), de garantir les fonds nécessaires dans le prochain budget qui devra être adopté, après trois reports, à la mi-janvier. Après deux tentatives infructueuses de suppression de l’Obamacare en 2017, M. McConnell a d’ailleurs semblé exclure dans un proche avenir de s’y attaquer à nouveau, tâche d’autant plus délicate que la majorité républicaine au Sénat ne tiendra plus qu’à une voix à partir de janvier.

Alors que le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan (Wisconsin), a dévoilé son intention de s’attaquer, en 2018, aux coûts des programmes sociaux pour les personnes âgées (Medicare) et pour les personnes défavorisées (Medicaid), M. McConnell a refusé de se lancer dans une telle entreprise. La réforme fiscale adoptée en décembre va réduire les recettes fédérales. Mais les dépenses de ces deux programmes ne cessent, elles, d’augmenter.

Un tel pari serait politiquement périlleux à quelques mois des élections de mi-mandat (prévues en novembre), traditionnellement difficiles pour le parti au pouvoir. Le Grand Old Party, concentré sur l’adoption d’une réforme des impôts jugée favorable aux plus hauts revenus, a aussi mis en péril un programme permettant à 9 millions d’enfants de familles modestes de disposer d’une couverture santé ; lancé en 1997, il n’a pas été reconduit alors qu’il bénéficiait jusqu’à présent d’un large soutien chez les démocrates comme chez les républicains.

Gilles Paris


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