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La BCE prépare le retrait de ses soutiens à l’économie

Le Monde - 09.09.2017

mardi 12 septembre 2017

Confiance, prudence, persévérance. " Jeudi 7 septembre, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a, de nouveau, martelé ces trois mots pour définir sa stratégie à venir. Avec, en ligne de mire, la prochaine réunion de l’institution, le 26 octobre. C’est en effet ce jour-là, a révélé l’Italien, qu’il dévoilera les modalités du retrait des soutiens monétaires à l’économie, prévu pour début 2018. Une mesure aussi attendue que redoutée par les marchés.

Aujourd’hui, la BCE rachète pour 60 milliards d’euros par mois de dettes publiques et privées, afin de soutenir les prix et l’activité. Un volume que l’institution se prépare à diminuer, car l’économie de la zone euro va enfin mieux. Cette année, sa croissance pourrait même atteindre 2,2 %, prévoient les économistes de l’institut de Francfort. Un optimisme qui alimente l’appréciation de l’euro : depuis janvier, il a grimpé de 13 % face au billet vert, et évolue aujourd’hui autour de 1,20 dollar.

C’est là que les choses se compliquent. Car la hausse de l’euro tire le prix des produits importés vers le bas, contrariant l’objectif de la BCE, qui, justement, se démène pour faire converger l’inflation vers les 2 %… Les prochains mois s’annoncent aussi complexes que délicats pour Mario Draghi.


La BCE se montre optimiste sur la reprise

L’institut monétaire dévoilera le 26 octobre le détail de la baisse à venir de ses soutiens à l’économie

Ce sera en octobre ! Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), l’a clairement annoncé jeudi 7 septembre : les détails de la stratégie à venir -de l’institution seront dévoilés le mois prochain. " A condition qu’aucun risque ne se matérialise d’ici là ", a nuancé l’Italien à plusieurs reprises, lors de sa conférence de presse.

Il s’agit d’un rendez-vous majeur, pour les marchés comme pour l’ensemble des acteurs financiers. S’il se confirme, l’institut de Francfort, qui a par ailleurs laissé jeudi son taux directeur inchangé (0 %), révélera en effet lors de sa réunion du 26 octobre comment il compte réduire la voilure de son programme d’assouplissement quantitatif (le quantitative easing en anglais, ou QE), au cours de l’année 2018.

Lancés en mars 2015, ces rachats de dettes publiques et privées, aujourd’hui d’un montant mensuel de 60 milliards d’euros, ont permis de réduire le coût du crédit et les taux souverains, tout en dissipant la menace déflationniste et en soutenant la croissance.

Un tableau nuancé

Grâce à cette béquille monétaire, l’économie de la zone euro va mieux. Il est donc temps de tourner la page. Mais si les membres de la BCE ont ouvert une réflexion sur les différents scénarios possibles, le chemin pour y parvenir sera long, tant les vents contraires sont nombreux. Exemple : l’euro, qui évolue aujourd’hui autour de 1,20 dollar. Depuis le mois de janvier, il a grimpé de près de 13 % face au billet vert. La rapidité de cette appréciation a pris de court les économistes. " C’est une source d’incertitude ", a confié M. Draghi.

Et pour cause : " La hausse de la monnaie unique est de nature déflationniste, puisqu’elle fait mécaniquement baisser les prix des produits importés facturés en dollars ", explique Olivier Chelma, chef économiste de l’Association française des entreprises privées (AFEP). Plutôt ennuyeux, car le mandat de la BCE est justement de faire converger l’inflation de façon durable vers les 2 %, un seuil considéré comme le signe d’une économie en bonne santé. Or plus l’euro monte, plus cet objectif sera difficile à atteindre…

De fait, les économistes de la BCE ont revu leurs prévisions à la baisse en la matière. Selon eux, l’inflation devrait s’établir à 1,2 % l’an prochain (contre 1,3 % estimé précédemment), après 1,5 % en 2017. Il faudra attendre au moins l’année 2020 pour que les 2 % soient atteints pour de bon. Faut-il s’en inquiéter ?

Non ! C’est tout le paradoxe de la situation actuelle, dont Mario Draghi a tenté, avec pédagogie, de dresser les nuances.Car si l’euro monte, c’est d’abord parce que la zone euro va bien. " La reprise économique est robuste, solide, généralisée, et 6 millions d’emplois ont été créés depuis 2013 ", a souligné le " dottore " Draghi. La baisse continue du taux de chômage regonfle les revenus des ménages, qui consomment plus ; l’investissement est reparti et les exportations sont dynamiques, en dépit de la remontée de l’euro.

Cela fait longtemps que l’horizon conjoncturel n’a pas été aussi dégagé dans l’union monétaire. L’optimisme est enfin de retour. Y compris parmi les économistes de l’institut de Francfort : ils estiment désormais que la croissance devrait culminer à 2,2 % cette année (contre 1,9 % précédemment estimé), soit le plus fort rythme enregistré depuis 2007. Autant de bons chiffres dont la BCE prend acte en préparant le retrait du QE… Mais sans précipitation, puisque l’inflation n’est toujours pas au rendez-vous. Et sans envisager, pour l’instant, de remonter ses taux directeurs. L’institution danse sur un fil d’équilibriste. Elle tente de rassurer tout en rappelant que la partie n’est pas encore gagnée. Un message que Mario Draghi résume en trois mots, et qu’il répète chaque fois qu’il en a l’occasion : " confiance, prudence et persévérance ".

Accros aux liquidités de la banque centrale, les marchés ont-ils saisi la nuance ? Rien n’est moins sûr. Dans la foulée de la réunion, l’euro est brièvement passé à 1,21 dollar. Et du côté des banques, l’impatience monte – en particulier en Allemagne. Les établissements germaniques ont en effet des dépôts importants au sein de la Bundesbank, la banque centrale allemande. Or, depuis 2014, la BCE impose un taux de dépôt négatif (– 0,4 %), ce qui signifie que les sommes laissées dans les coffres de la Bundesbank (comme de toutes les autres banques centrales nationales) coûtent de l’argent aux établissements concernés.

Ils ne manquent d’ailleurs pas de s’en plaindre. " Le temps de l’argent pas cher en Europe devrait prendre fin en dépit de l’euro fort. Nous voyons apparaître des signes de bulles ", a prévenu sans ambages John Cryan, le patron de Deutsche Bank, mercredi 6 septembre. " Le temps est venu de commencer à réduire les achats d’obligations puis de commencer à relever les taux ", a déclaré le même jour Uwe Fröhlich, à la tête de la Fédération des banques mutualistes allemandes. Mario Draghi leur a répondu jeudi en assurant que pour l’instant, les éventuels effets négatifs du QE et du taux négatif sont largement compensés par les effets positifs sur l’économie.

Quelle décision la BCE révélera-t-elle le 26 octobre ? Une réduction de 10 ou 20 milliards d’euros des rachats mensuels de dettes, estiment avec prudence les économistes. " Mais il est possible qu’une partie des détails ne soit révélée qu’en décembre, pronostique William De Vijlder, chef économiste de BNP Paribas. Cela signifierait que la BCE est plus attentive à l’euro qu’elle ne veut bien l’admettre. "

Marie Charrel


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