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Europe : le top 1 000 des PME les plus dynamiques

Le Monde - 06.09.2017

lundi 11 septembre 2017

Dans le classement publié par la Bourse de Londres, 20 % des entreprises sont issues de l’industrie

Et si, derrière les usines qui ferment et les plans sociaux qui se succèdent, se cachait un renouveau de l’industrie européenne ? Le classement des 1 000 petites et moyennes entreprises (PME) les plus dynamiques d’Europe, publié ce mardi 5 septembre par la Bourse de Londres, met au jour un surprenant nombre de pépites dans le secteur industriel. Celui-ci est le plus représenté du classement, avec 20 % des entreprises, devant l’agroalimentaire (11 %). De façon surprenante, les nouvelles technologies ne représentent que 5 % des entreprises européennes en forte croissance.

Ce classement est réalisé parmi les sociétés non cotées en Bourse installées dans l’Union européenne (UE), et dont le chiffre d’affaires est compris entre 20 millions et 300 millions d’euros. Il compare la croissance de leur chiffre d’affaires des trois dernières années – seules les entreprises de plus de quatre ans sont prises en compte.

Selon ces critères, les 1 000 petites et moyennes entreprises (PME) les plus dynamiques ont un taux de croissance annuel de 103 %. Et là encore, le secteur manufacturier et ingénierie fait mieux que le reste, avec 171 % de croissance, devant l’agroalimentaire (112 %) et la technologie (65 %).

Le pays dont les PME sont les plus dynamiques est l’Autriche (plus de 1 100 % de croissance moyenne annuelle au cours des trois dernières années), devant l’Italie et la République tchèque. La France est en queue de peloton, avec seulement 36 % de croissance. Les entreprises qui tirent leur épingle du jeu sont logiquement concentrées sur des secteurs très pointus, où la recherche et le développement (R&D) sont essentiels. On trouve ainsi la société irlandaise Aerogen, qui fabrique des aérosols pour médicaments, ou le fabricant allemand de batteries BMZ, dont 20 % des employés travaillent dans la R&D.

Des entreprises plus traditionnelles, comme le fabricant néerlandais de cartons De Jong, trouvent aussi leur place. Surfant sur le commerce en ligne, qui nécessite de plus en plus d’emballages, et osant investir dans de nouvelles machines là où la concurrence se montrait prudente, la PME familiale affiche un enviable taux de croissance de 220 % par an sur les trois dernières années.

L’arbre qui cache la forêt

Ces succès ne parviennent pourtant pas à masquer les très sérieuses difficultés du secteur. En vingt ans, la part de l’industrie dans l’économie de l’Union européenne a reculé de quatre points, désormais à 19 %. Plus de 3 millions d’emplois du secteur ont été supprimés depuis une décennie. Les success stories de ce rapport, si elles montrent qu’il reste un tissu industriel dynamique en Europe, ne suffisent pas à inverser la tendance.

De plus, la Bourse de Londres, qui a réalisé le rapport, s’inquiète : ces exemples de dynamisme économique, tous secteurs confondus, sont l’arbre qui cache la forêt. " Pourquoi est-ce que les entreprises mises en avant dans ce rapport sont l’exception, et non pas la norme ?, souligne Xavier Rolet, son directeur général. Pourquoi est-ce que 60 % des entreprises qui ont la plus forte valorisation au monde viennent d’Amérique et moins de 15 % d’Europe (contre 30 % il y a une décennie) ? Comment peut-on faire passer ces entreprises dynamiques de simples start-up à de vraies stars, et corriger le fait que, même parmi ces entreprises qui sortent du lot, la majorité a un chiffre d’affaires de moins de 50 millions d’euros ? "

Bien sûr, la contribution de la Bourse de Londres à ce questionnement est largement un acte marketing. M. Rolet fait la promotion de l’AIM, sa Bourse consacrée aux petites entreprises, qu’il propose comme solution de financement pour les entreprises. L’affaire est particulièrement sensible dans le contexte du Brexit : Londres souhaite rester le principal centre financier d’Europe.

Xavier Rolet devait d’ailleurs faire le déplacement à Bruxelles ce mardi pour présenter ses conclusions et pas moins de sept députés européens et un commissaire ont contribué au rapport.

Derrière l’opération de charme, la question du financement des entreprises européennes n’en reste pas moins pertinente. Dans l’UE, les trois quarts des PME se financent par la dette, majoritairement en empruntant à leur banque. Aux Etats-Unis, ce taux n’est que de 40 % ; les autres ont recours à du capital-risque, sous différentes formes.

Ce lourd endettement côté européen pèse sur les petites entreprises au moment où elles tentent de prendre leur envol. Inversement, l’argent injecté par un business angel (investisseur dans une entreprise innovante)ou un fonds de capital-investissement n’a pas à être remboursé et permet d’accélérer la croissance.

Nouvelle régulation

Un récent rapport de l’Association des marchés financiers en Europe souligne que ce n’est pourtant pas l’argent qui manque. L’épargne dans l’UE représente 20 % du produit intérieur brut (PIB), soit 2 700 milliards d’euros. Trois millions d’Européens ont une fortune dépassant 1 million d’euros (hors immobilier). La question est de savoir comment guider ces sommes vers les entrepreneurs.

Consciente du problème, l’UE a lancé en 2015 un plan d’action pour développer ses marchés de capitaux. En mai, une nouvelle régulation européenne pour simplifier les prospectus nécessaires à l’introduction en Bourse a été adoptée.

Un fonds de capital-risque pan-européen est en cours de création, avec 400 millions d’euros d’argent public (et quatre fois plus en comptant les investisseurs privés). D’autres travaux sont prévus pour réduire la fragmentation du marché des capitaux européens. Mais de l’avis général, le problème est loin d’être résolu. Les pépites en pleine croissance sont bien isolées au firmament de l’économie européenne.

Eric Albert

Les Chiffres

- 103 % : C’est le taux de croissance annuelle des 1 000 PME les plus dynamiques d’Europe
- 59 : C’est, en millions d’euros, le chiffre d’affaires moyen de ces pépites européennes
- 204 : Nombre d’entreprises appartenant à l’industrie manufacturière dans le classement des PME. C’est le secteur le plus représenté, soit 20 % des sociétés


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