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La zone euro peut-elle renouer avec plus de 2 % de croissance ?

Le Monde - 05.05.2017

vendredi 5 mai 2017

Au premier trimestre, l’activité de l’union monétaire a crû de 0,5 %

C’est encourageant. Au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a crû de 0,5 % par rapport aux trois mois précédents, selon la première estimation publiée par Eurostat, mercredi 3 mai. En rythme annualisé, la croissance atteint donc + 1,8 %, soit mieux que la performance enregistrée aux Etats-Unis sur la même période (+ 0,7 %).

" La croissance est là et elle a continué à un rythme stable début 2017 ", s’est félicité Pierre Moscovici, le commissaire européen aux affaires économiques, auprès de l’Agence-France-Presse. Avant d’ajouter que la reprise reste malgré tout très inégale selon les pays, dont les taux de chômage varient de 3,9 % de la population active en Allemagne, à 18,2 % en Espagne.

Si le détail des chiffres n’est pas encore connu, les observateurs estiment que l’activité de l’union monétaire a été soutenue par la consommation et le frémissement de l’investissement, tandis que les exportations restent à la traîne. " Si cela continue, la croissance de la zone euro sur l’ensemble de 2017 pourrait être supérieure aux 1,7 % prévus ", estime Howard Archer, économiste chez IHS Markit.

Pourrait-elle renouer avec les 2 %, comme en 2015 ? Ou dépasser cette barre symbolique pour retrouver le niveau d’avant crise, soit + 3 % en 2007 ? " Nous n’en sommes pas loin, c’est possible ", juge Stéphanie Villers, chef économiste d’Humanis. " Si on ne se retrousse pas sérieusement les manches, cela me paraît compliqué, pour ne pas dire inconcevable ", estime de son côté Véronique Riches-Flores, économiste chez RF Research.

Il est vrai que les 2 % de croissance enregistrés en 2015 puis l’honorable + 1,7 % de 2016 tenaient pour beaucoup à des facteurs exceptionnels. " Pétrole peu cher, euro faible, taux bas : c’est le fameux alignement des étoiles qui a profité à la croissance de la zone euro ces deux dernières années, explique Nadia Gharbi, économiste chez Pictet. Mais il est en train de disparaître. " Les cours des matières premières se sont en effet ressaisis ces derniers mois. Surtout, dès 2018, la Banque centrale européenne (BCE) va peu à peu réduire ses soutiens à l’économie, en diminuant le volume de ses rachats de dettes publiques.

" En maintenant les taux d’emprunt à un niveau très bas, ce programme a donné un coup de pouce non négligeable à l’activité et aux finances publiques des Etats ", rappelle Mme Gharbi. Privés de cette béquille monétaire, les gouvernements devront payer un peu plus cher pour s’endetter. Tout comme les entreprises.

Derrière ces évolutions conjoncturelles se cachent aussi des mutations profondes, face auxquelles la zone euro reste pour l’instant peu armée. Sa croissance potentielle – celle que son économie peut atteindre à moyen terme lorsqu’elle tourne à plein régime, sans surchauffe – a en effet dangereusement décliné. Selon la Commission européenne, elle est tombée de + 2 % en moyenne entre 1999 et 2007, à + 0,7 % entre 2008 et 2013. En 2016, elle est remontée à + 1,1 % seulement. Dit autrement : la croissance au sein de l’union monétaire en 2016 (+ 1,7 %) était supérieure à son potentiel. Un rythme qui n’est donc pas tenable…

Cet affaiblissement de la croissance potentielle est en partie l’héritage de la crise, car une partie du chômage est devenue structurelle : il ne suffit pas que l’activité reparte pour que les demandeurs d’emploi peu qualifiés, restés trop longtemps sans activité, retrouvent un poste.

Il est également le fruit du tassement de la population active, observé dans de nombreux pays européens à la natalité déclinante. Et de l’anémie de la productivité, que l’on constate aujourd’hui dans la plupart des économies avancées.

" Pour renouer avec une croissance plus forte, il faudra donc jouer sur ces deux leviers : population active et productivité ", résume Mme Riches-Flores. Mais les réponses à un tel défi sont complexes, et ne font pas toujours consensus parmi les économistes.

Changer de stratégie

Au niveau national, les Etats ont dans tous les cas intérêt à investir dans le système éducatif, afin de limiter le nombre de jeunes sortant chaque année des classes sans diplôme.Et à développer la formation professionnelle, pour réduire le chômage structurel.

La solution passe aussi par la zone euro. Après la crise, nombre de pays, comme l’Espagne, ont réduit les salaires pour récupérer un peu de compétitivité. " Mais les parts de marché regagnées l’ont été au détriment de leurs voisins, qui sont aussi leurs principaux partenaires : un jeu dans lequel, au final, tout le monde est perdant ", note Mme Riches-Flores.

Mais rien n’empêche l’union monétaire de changer de stratégie. Par exemple, en approfondissant l’harmonisation fiscale et sociale entre ses membres, pour mettre un terme à la concurrence déloyale entre eux. Ou encore, en favorisant les investissements dans la transition écologique et numérique, " afin que l’Europe dispose enfin de ses propres géants en la matière ", conclut Mme Villers.

Marie Charrel


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