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Intolérables excédents allemands !

The Economist - Février 2017

mercredi 1er mars 2017

Avec le plus gros excédent des comptes courants du monde, Berlin insupporte aussi bien ses partenaires européens que les Etats-Unis.

Drôle de timing. Le 9 février on apprenait que l’Allemagne présentait un excédent des comptes courants d’environ 270 milliards d’euros, soit le plus gros du monde, surpassant même celui de la Chine. A l’opposé, le pays enregistrant le plus fort déficit reste les États-Unis. Ce qui pousse son nouveau président à intimider amis et adversaires pour imposer le America first (l’Amérique d’abord). Peter Navarro, le conseiller économique au commerce national de Donald Trump, a ainsi accusé l’Allemagne d’« exploiter » l’Amérique en se servant de l’euro, une monnaie plus faible que ne le serait aujourd’hui le Deutsche Mark, pour vendre à bas prix voitures et machines allemandes.

Une décennie de controverses

C’est un mauvais argument. Oui, l’euro est faible par rapport au dollar. Mais pas plus que d’autres monnaies. Ce sont les baisses d’impôts et les dépenses d’infrastructures promises par le locataire de la Maison Blanche qui font grimper le dollar. En recourant à cette argumentation fallacieuse, le président américain permet à Berlin d’éviter un débat plus fondamental. En effet, voilà des années que les excédents commerciaux allemands suscitent la controverse. Longtemps avant l’élection de Donald Trump, la Commission européenne, le FMI, le département américain du Trésor et l’OCDE reprochaient à l’Allemagne de provoquer des déséquilibres au sein des économies européennes et dans le système mondial.

Cela remonte à plus d’une décennie, lorsque patrons et syndicats allemands s’accordèrent pour limiter la hausse des salaires. Les travailleurs firent grise mine, mais chacun savait que le pays n’était pas suffisamment compétitif. Ensemble, ils décidèrent une sorte de dévaluation de l’Allemagne au sein de la zone euro. Le meilleur moyen de sortir des déséquilibres actuels, pointent les économistes, n’est pas de limiter la revalorisation des salaires dans des pays en difficulté comme la Grèce, mais de les laisser augmenter en Allemagne. Ils ont certes crû de 2,3 % l’an dernier, mais pas assez vite.

L’autre origine de cet excédent, c’est que les Allemands, confrontés à une société vieillissante, épargnent beaucoup plus qu’ils n’investissent : les actifs économisent pour leur retraite. Ces excédents d’épargne sont transformés en capital que le pays place à l’étranger. Certains affirment, par ailleurs, que l’Allemagne investit trop peu chez elle. Marcel Fratzscher, économiste de centre gauche et président de l’institut berlinois DIW, estime ce « déficit d’investissement » à 100 milliards d’euros annuels. Beaucoup au sein du parti social-démocrate (SPD) le pensent. Si Martin Schultz, leur candidat à la chancellerie, est élu en septembre, la dépense publique devrait repartir.

En revanche, d’autres économistes, tel le libéral Clemens Fuest, président de l’institut munichois Ifo, doutent que ce déficit soit aussi important. Après tout, le ratio d’investissement est stable depuis des années. En 2015, il a même été un peu supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Booster l’investissement est une bonne idée, mais aucune augmentation réaliste ne saurait inverser la courbe d’un excédent commercial qui atteint 9 % du PIB.

Selon Clemens Fuest, si l’Allemagne voulait vraiment réduire ses excédents, il faudrait des mesures drastiques comme, par exemple, diminuer la TVA (ce qui rendrait meilleur marché les produits, nationaux et étrangers), tout en augmentant les taxes sur les salaires (renchérissant ainsi le coût du travail). Mais cela est politiquement inenvisageable.

Aux Américains de faire mieux

Une autre option serait que le gouvernement cesse d’épargner et creuse le déficit budgétaire. Impensable selon le consensus dominant à Berlin. Dans la campagne électorale en cours, chaque camp se félicitera probablement de l’excédent des comptes courants, signe de la vigueur des exportations allemandes.
Sigmar Gabriel, le ministre des Affaires étrangères, a illustré cette assurance lorsqu’il a réagi à la menace de droits de douane brandie par Donald Trump, en conseillant à l’Amérique de « fabriquer de meilleures voitures ».

Un jour, lorsque les seniors percevront leur épargne-retraite, l’excédent de l’Allemagne se transformera en déficit. En attendant, son exception économique a toutes les chances de se prolonger.


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