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L’investissement public est la clé de la reprise

Le Monde - 06.11.2016

samedi 5 novembre 2016

Une hausse de la dette peut être un signal positif pour les marchés… à condition d’en débattre

Le débat économique en France oscille entre deux positions, sans s’arrêter à un point d’équilibre : l’économiste s’inquiète du chômage massif et des dettes publiques, qui atteignent des sommets historiques ; le scientifique observe la nouvelle forme numérique du progrès technique, qui bouscule les entreprises et l’administration. Or, réaliser les promesses de la technologie et résoudre les problèmes économiques nécessitent de relancer l’investissement public, d’en faire un projet d’amélioration des conditions de vie et de modernisation de la France.

Le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque centrale européenne (BCE) appellent désormais à l’utilisation de l’investissement public dans la zone euro. Outre-Atlantique, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, Hillary Clinton et même Donald Trump s’accordent sur la nécessité d’investir massivement dans les infrastructures publiques.

Mais ce débat est inexistant en France, où l’investissement public continue de décroître. Ce déficit de réflexion est à la fois le résultat de la gestion calamiteuse de la crise en -Europe et du dangereux raccourcissement de l’horizon du débat public en France. En effet, les sept dernières années ont été marquées en France par le traitement des cicatrices de la crise. La réduction du déficit public de près de 5 % en 2012 à moins de 3 % en 2017 est le résultat d’une hausse d’impôts et d’une légère baisse de l’investissement public, passé de 4 % à 3,5 % du PIB de 2012 à 2015, à un moment où il fallait en faire un moteur de croissance. Si l’on tient compte de la dépréciation du capital, l’accumulation d’actifs fixes par l’Etat est en décroissance encore plus marquée : l’Etat n’accumule plus d’actifs pour les générations futures.

Mais pourquoi l’investissement public devrait-il devenir un moteur de croissance, en ces périodes de hautes eaux des dettes publiques ? Deux arguments se conjuguent. La France et la zone euro sont engluées dans une croissance morose qui peine à faire décroître le chômage et diminuer les déficits. L’investissement public a un fort effet d’entraînement sur l’activité, avec une création de richesse estimée entre 1,3 et 2,5 euros pour chaque euro investi. Comme le taux de prélèvement obligatoire en France est proche de 50 %, pour chaque euro public investi, au moins 65 centimes retournent à l’Etat, et au mieux plus d’un euro. En outre, l’investissement public est, par comparaison à un soutien à la consommation des ménages, moins générateur d’importation et contribue donc plus fortement à l’activité. Enfin, la politique monétaire de la BCE, on le sait, atteint ses limites.

Il semble difficile de se reposer sur le seul échelon européen pour relancer l’investissement public, avec, par exemple, le plan Juncker. Les divergences politiques et économiques entre pays conduisent à laisser au niveau national le choix des investissements manifestement nationaux, ce qui est compatible avec les traités européens.

Mais la France a-t-elle encore les moyens d’investir alors que sa dette frôle les 100 % du PIB ? Jamais les pays développés n’ont atteint un niveau si élevé en temps de paix. Mais il est dangereux de vouloir réduire brutalement les déficits publics : c’est la leçon apprise des grandes crises passées. De 2007 à 2014, les Etats-Unis, bien plus pragmatiques que l’Europe, ont laissé la dette publique augmenter jusqu’à 40 % du PIB, alors que les pays européens ont limité la hausse à 30 % du PIB en augmentant les impôts, cassant ainsi la reprise après 2011. Par ailleurs, alors que les taux d’intérêt sur la dette publique sont si bas, il est difficile de penser qu’un accroissement transitoire d’une dette d’investissement soit perçu comme une menace : les arguments économiques aussi sont compris des acteurs de marché !

La réponse à la question du financement ne repose d’ailleurs pas seulement sur la dette, mais aussi sur le redéploiement du budget de l’Etat. Par exemple, les dépenses publiques pour le logement se chiffrent en dizaine de milliards d’euros, avec pour effet principal une hausse des prix immobiliers. De manière plus générale, la relance de l’investissement public doit aller de pair avec l’efficacité des dépenses publiques. La France a montré qu’elle pouvait moderniser la gestion de l’investissement public avec les projets d’investissement d’avenir et les débats autour du Grand Paris.

Combien faut-il investir ? C’est ici le second argument en faveur de l’investissement public, car il concerne la modernisation du tissu productif et l’amélioration des conditions de vie. L’investissement public consiste à faire émerger une économie que les forces défaillantes de marché ne peuvent construire. Il se situe à l’intersection des contraintes économiques et des choix politiques. Il faut donc partir des besoins et des projets. Quelle sera la mobilité de demain, ce que l’on appelait auparavant l’aménagement du territoire, afin de désenclaver les territoires dits périphériques ? De quoi a-t-on besoin pour un grand plan d’investissement dans le capital humain : l’école, l’université, la recherche et l’innovation ? Quelle ambition pour la transition énergétique, le solaire, l’éolien ? Quelles sont les infrastructures nécessaires à l’attractivité du territoire et au dynamisme entrepreneurial ? Quelles seront les infrastructures de l’économie numérique ? Un chiffrage rapide de tels investissements conduit à des montants de quelques points de PIB sur plusieurs années.

Ces questions sont essentielles et pourtant absentes du débat public.

par Xavier Ragot


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