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En France, les TPE, premières victimes des difficultés de trésorerie

Le Monde - 18.03.2016

lundi 21 mars 2016

Selon la médiation du crédit, les très petites entreprises représentent 86 % des demandes

C’est un signe de plus que la reprise se diffuse en France. Les PME tricolores ont eu moins recours à la médiation du crédit en 2015, selon le rapport annuel de cet organisme créé fin 2008 pour soutenir le financement du tissu économique par les banques. Quelque 2 990 entreprises – de moins de 50 salariés pour l’immense majorité – ont saisi la médiation l’an dernier, soit une baisse de 16 % par rapport à 2014. Dans les deux tiers des cas, les dossiers ont été instruits avec succès, permettant de débloquer 204 millions d’euros d’encours de crédits et d’assurer la pérennité de plus de 18 000 emplois, indique le rapport.

"Ce recul des saisines provient de la nette amélioration de la situation économique de beaucoup de PME, mais aussi de l’offre de crédit substantielle des établissements bancaires, soutenus par l’injection de liquidités de la Banque centrale européenne", explique Fabrice Pesin, le médiateur national du crédit aux entreprises, qui voit défiler les chefs d’entreprise auxquels leur banquier a refusé un découvert ou un réaménagement de dette.

Investissements immatériels

A la fin 2015, 94 % des PME qui demandaient un crédit pour investir obtenaient satisfaction, tout comme 84 % de celles souhaitant un crédit de trésorerie, selon les estimations de la Banque de France – qui chapeaute la médiation à parité avec les services de Bercy. Mais ce que ces bons chiffres ne disent pas, c’est que la demande reste très faible. "Compte tenu de la croissance du PIB enregistrée l’an dernier en France (+1,1 %), les entreprises n’ont que peu investi. Quant aux crédits de trésorerie, ils sont généralement demandés lorsque les moyens de production des chefs d’entreprise tournent à plein…", admet M. Pesin.

De plus, ce tableau est à nuancer sérieusement pour les TPE : seules 63 % d’entre elles ont obtenu un crédit de trésorerie et 82 % un crédit d’investissement en 2015. "Les TPE présentent des bilans souvent plus fragiles que les PME, et leurs dirigeants parviennent moins bien à gérer leur besoin de trésorerie, par manque de temps ou de capacité d’anticipation", détaille le médiateur. Elles sont aussi surreprésentées dans les secteurs à la peine en France, comme les cafés-restaurants, l’hôtellerie, le commerce de détail ou le BTP.

Ces embûches expliquent que les TPE comptent pour 86 % des demandes adressées aux services de M. Pesin – organisés localement, par département –, contre moins de 80 % en 2008. D’autant que la médiation ne résout pas tout : "Si l’entreprise n’a pas assez de fonds propres, vous ne pouvez pas demander l’impossible à un banquier. Et beaucoup de petits patrons nous saisissent trop tardivement, par honte ou par déni, considérant que c’est à eux de gérer les problèmes."

Dernier angle mort de l’accès au crédit, le financement des investissements immatériels des entreprises (création de site Web, formation, recherche et développement…). "Sous l’impulsion des nouvelles règles prudentielles, les banques demandent de plus en plus de garanties à leurs clients. Dans le cas d’investissements immatériels, elles n’ont rien à prendre en garantie, contrairement aux actifs immobiliers ou aux machines-outils. C’est un vrai problème pour les PME, et même les ETI", s’inquiète le médiateur.

Audrey Tonnelier


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