Accueil > 2D1 > Chapitre 03 - Eléments d’économie internationale > La fermeture de l’espace Schengen amputerait à terme la croissance (...)

La fermeture de l’espace Schengen amputerait à terme la croissance française

Le Monde - 04.02.2016

dimanche 7 février 2016

La généralisation des contrôles aux frontières équivaudrait à une taxe de 3 % sur le commerce

L’initiative est fortement soutenue par l’Allemagne, qui cherche, autant par pragmatisme que par nécessité politique, à maintenir ses contrôles à la frontière avec l’Autriche. Réintroduits en septembre, ceux-ci ne peuvent, en l’état, être maintenus au-delà de huit mois sans l’activation de la procédure de la Commission. Dans le cas spécifique de la France, la mise en place de l’état d’urgence après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris s’est également traduite par un rétablissement des contrôles aux frontières.

La décision de Bruxelles, inédite, pourrait conduire à rien de moins qu’à une mise en quarantaine de la Grèce, accusée de négligence dans le contrôle et l’enregistrement des migrants à leur arrivée sur son sol. Athènes a désormais trois mois pour reprendre le contrôle de sa frontière. A l’échelle européenne, une telle situation aurait des conséquences non négligeables sur l’économie, argue France Stratégie. " Si les considérations d’efficacité et de sécurité sont naturellement celles qui comptent le plus dans le contexte actuel, il n’est pas possible d’ignorer les conséquences économiques qu’aurait un éventuel abandon des accords de Schengen ", prévient la note.

Pour l’économie tricolore, " à court terme, le coût direct serait de un à deux milliards d’euros, suivant la fréquence des contrôles aux frontières ", estiment les auteurs. Ils ont élaboré deux scénarios, en s’inspirant notamment de ce qui se fait à la frontière britannique : un scénario bas où les temps supplémentaires de passage de frontières seraient modérés, et un scénario haut où ces temps seraient doublés, les camions étant systématiquement contrôlés. La note en conclut que la moitié du coût serait due à une baisse de la fréquentation par les touristes, dissuadés de découvrir l’Hexagone en raison des files d’attente aux principaux points de passage des frontières.

Baisse des exportations

38 % du coût proviendrait de l’impact sur les quelque 350 000 travailleurs frontaliers se rendant quotidiennement en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse ou en Espagne, et 12 % au coût sur les transports de marchandises. Les chercheurs soulignent en effet que, " pour les usagers, le contrôle des frontières est assimilable à une taxe sur les déplacements et les transactions commerciales. "

" A court terme, le coût reste modéré puisqu’il représente moins d’un millième du - produit intérieur brut - PIB français - 2 132,4 milliards d’euros en 2014, dernier chiffre disponible - . Mais si cette situation devait devenir la norme, cela pourrait se révéler problématique ", note M. Pisani-Ferry.

A long terme, en effet, c’est tout le commerce entre pays de l’espace Schengen qui serait affecté, estime France Stratégie. Lorsque deux pays appartiennent à l’espace Schengen, le commerce annuel total entre ces deux pays est supérieur de 10 % à 15 %, ont calculé les experts. Pour la France, la généralisation permanente des contrôles serait équivalente à une taxe de 3 % sur le commerce entre pays de la zone, qui se traduirait par une perte d’au moins une dizaine de milliards d’euros, soit un demi-point de PIB à un horizon de dix ans. " Ce résultat (…) pourrait être augmenté d’effets sur l’investissement étranger et les flux financiers (prêts bancaires…) ", précise France Stratégie.

L’organisme a calculé qu’une telle situation induirait en 2025 une baisse des exportations de la France vers les autres membres de l’espace Schengen respectivement de 11,4 % et de 10,8 %, selon que le partenaire est un membre de l’Union européenne ou non. Les importations de la France en provenance de ces partenaires se réduiraient respectivement de 11,4 % et 13,7 %.

" Montants substantiels "

Pour l’ensemble des pays de l’espace Schengen, l’impact serait même de l’ordre de 0,8 point de PIB, soit 110 milliards d’euros, " car certains pays sont plus ouverts que la France ", précise M. Pisani-Ferry, qui n’a pas fait d’analyse plus spécifique par pays.

" Ces montants sont substantiels. L’impact d’un renforcement temporaire des contrôles aux frontières devrait demeurer d’ampleur limitée, mais celui d’un abandon permanent du système de Schengen aurait un coût économique notable, plus élevé que ce qu’on estime qu’ont été les bénéfices commerciaux de l’euro ", conclut France Stratégie. Voilà les dirigeants européens prévenus.

Audrey Tonnelier


| Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Quelques lectures utiles (académie de Paris)