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Promesses de banquiers centraux

Le Monde - 24.01.2016

lundi 1er février 2016

Le coup a encore fonctionné, et il en dit long sur l’état de dépendance des marchés à l’égard des banquiers centraux. Jeudi 21 janvier, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué que son institution pourrait " réévaluer et éventuellement revoir " sa politique monétaire lors de sa réunion en mars prochain. C’est-à-dire si, d’ici là, les indicateurs économiques et les perspectives d’inflation se dégradent.

Soulagement du côté des marchés : la pompe à liquidités de l’institut monétaire européen continuera de tourner à plein régime, voire à plus haut débit encore. Les Bourses ont aussitôt connu une accalmie. " Mario strikes back ! ", " la magie du verbe Draghi opère toujours ", " le Dottore Draghi fait encore des miracles ", ont écrit dans la foulée certains analystes, eux aussi hypnotisés par le verbe de l’italien.

Quand on y réfléchit, il n’y a pourtant guère de raison de se réjouir. Ce qui fait le bonheur des marchés ne fait pas toujours celui de l’économie réelle. Il est même légitime de se demander si la BCE ne prend pas d’énormes risques en leur promettant toujours plus de liquidités. Et, surtout, si cela représente un quelconque intérêt pour guérir l’économie européenne des maux qui la minent toujours : inflation basse, taux de chômage élevé, anémie de la demande mais aussi faiblesse de la productivité et déclin démographique…

Pour certains économistes, c’est indéniable : les rachats de dettes publiques et privées, le taux directeur au plus bas, le taux de dépôt négatif, tous ces instruments contribuent à réduire le coût du crédit et donc à relancer les prix et la croissance.

D’autres sont plus sceptiques. Voire très critiques envers les mesures non conventionnelles prises par les banques centrales depuis 2007. Certes, ces outils ont évité l’effondrement des marchés lorsqu’ils étaient à court de liquidités, puis ont évité l’explosion de l’euro en palliant les faiblesses institutionnelles de la zone euro. C’est déjà beaucoup. Mais ils ne sont plus adaptés à la situation actuelle.

Des machines à déstabiliser

Pire, jugent entre autres Patrick Artus, chez Natixis, le Prix Nobel d’économie Jean Tirole ou encore Mohamed El-Erian, président du Conseil pour le développement global de Barack Obama, les taux bas et les liquidités excessives font aujourd’hui le lit de la future crise en contribuant à la formation de bulles. Il y en a, probablement, sur les obligations d’entreprises " high yield ", c’est-à-dire présentant un risque élevé. Il y en a une aussi, sans doute, sur certaines valeurs technologiques.

Autrement dit : en cherchant à tout prix à lutter contre l’inflation basse, la BCE mais aussi la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon seraient devenues des machines à déstabiliser la sphère financière. En 2008, les banquiers centraux nous avaient pourtant promis d’être les -garants de la stabilité financière. Que, -désormais, ils veilleraient à éviter la formation de bulles spéculatives dont l’ex-plosion serait susceptible d’entraîner le monde dans une dépression aussi destructrice que celle des années 1930. Ont-ils oublié leur promesse ? Peut-être. Peut-être pas. Mais, nous serons vite fixés…

Marie Charrel


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