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La leçon allemande en matière de lutte contre le chômage

Le Monde - 27.01.2016

lundi 1er février 2016

Convaincu qu’il n’a aucune chance d’être réélu si la courbe du chômage ne s’inverse pas, François Hollande a mis à nouveau l’accent sur ce sujet. Mais son " plan d’urgence " présenté lundi 18 janvier, reposant notamment sur la formation de chômeurs, n’a pas tout à fait convaincu. De fait, à défaut de pouvoir relancer la croissance par un coup de baguette magique, le gouvernement ne dispose que d’un seul autre levier pour réduire rapidement le nombre de chômeurs : baisser le coût du travail, notamment celui des salariés non qualifiés. La France souffre moins du chômage des jeunes que du chômage des non-qualifiés. C’est parce que de nombreux jeunes quittent l’école sans diplôme qu’ils sont demandeurs d’emploi. Un non-diplômé n’est pas assez productif pour que son employeur le paye au niveau du salaire minimum.

L’Etat reconnaît cette réalité depuis longtemps : les baisses des charges patronales sur les bas salaires remontent au début des années 1990. Manifestement, malgré l’argent englouti – une trentaine de milliards d’euros par an –, le résultat n’est pas satisfaisant. Il reste donc deux pistes possibles : la première, celle du Front national (FN), consiste à supprimer l’euro. On peut penser que le nouveau franc créé par Marine Le Pen subirait une décote d’au moins 30 % par rapport à l’euro. Le coût du travail s’en trouverait réduit d’autant. Le seul problème est que, dans le même mouvement, les retraites et les biens immobiliers perdraient eux aussi 30 % de leur valeur, comme tout ce qui est monnayable. A deux exceptions près, les dettes qui restent libellées en euros et tout ce qui est importé. La France ne figurerait plus dans les dix premières puissances mondiales, et sa dette s’envolerait. Evidemment, cela fait réfléchir, même au FN. Sans parler des conséquences de l’éclatement de la zone euro.

Il reste donc une deuxième solution : abandonner le salaire minimum au moins pour les non-qualifiés. Tout le monde le sait mais, notamment depuis l’échec du smic-jeunes – le contrat première embauche – de Dominique de Villepin en 2006, aucun responsable politique ne s’y risque, se contentant d’ajouter une énième couche de réduction des charges sociales patronales. Pas moins de quatre-vingt-deux dispositifs ont ainsi vu le jour de 1993 à 2014.

L’agenda 2010 de Gerhard Schröder

Pourtant l’exemple allemand pourrait utilement inspirer nos gouvernants. Voilà un pays qui, il y a dix ans, avait 5 millions de chômeurs et en compte moins de 3 millions aujourd’hui, alors que sa population active augmente. Aujourd’hui, le taux de chômage en France (10,1 %) est plus du double de celui de notre voisin (4,5 %) alors qu’en 2005, il était légèrement inférieur à 8,9 % contre 11,2 %. C’est en 2009, au milieu de la présidence de Nicolas Sarkozy, que les deux courbes se sont croisées. N’en déplaise à une partie de la gauche française, le miracle allemand a un nom : l’agenda 2010 de Gerhard Schröder.

En favorisant la multiplication des minijobs payés 400 euros par mois, le chancelier social-démocrate a permis à toute une population d’accéder au marché du travail. Ce " social-traître " a-t-il pour autant accru la précarité ? Oui, mais moins qu’on pourrait le penser. Car ce qu’oublient ceux qui critiquent le système allemand, c’est que l’Etat complète les revenus des personnes peu payées. Ainsi, un couple avec deux enfants a droit à environ 1 300 euros par mois. Si seul un des deux parents travaille et ne touche que 600 euros par mois, l’Etat leur versera les 700 euros manquants.

Est-il moral que l’Etat incite les employeurs à peu rémunérer des salariés et doive compenser les faibles revenus de ces derniers ? Bien sûr que non. C’est pour cela que l’Allemagne vient d’introduire un salaire minimum.

Néanmoins, le coup de pouce de l’Etat lui coûte 11 milliards d’euros par an, soit le tiers du millefeuille hexagonal. Qu’un gouvernement français, surtout de gauche, répugne à se lancer dans une telle réforme est compréhensible. Pourtant, à court terme, c’est sans doute la seule efficace, même si on la limite aux emplois peu qualifiés. Il y a une réforme plus ambitieuse mais qui prend plus de temps : réduire le nombre des personnes peu qualifiées. La France ne peut plus se permettre d’offrir des salaires d’Europe du Nord à des personnes dont le niveau de qualification correspond à celui d’un Européen de l’Est. Selon la dernière étude PISA de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les compétences des élèves de 15 ans, la France se classe 25e (sur 40) en mathématiques, derrière la République tchèque, 21e, derrière le Vietnam, pour la compréhension d’un texte écrit et 26e, derrière la Lettonie, pour les sciences.

La situation des adultes est encore pire. Selon le programme international d’évaluation des compétences des adultes (Piaac) de l’OCDE, la France se situe au 20e rang sur 24 dans les matières littéraires et 18e sur 24 pour les mathématiques. Par ailleurs, le dernier classement évaluant les compétences en anglais de 70 pays, l’EF English Proficiency Index, est édifiant. La France se classe à la 37e place, dépassée par la quasi-totalité des pays qui l’entourent. Seuls la Russie, la Turquie et l’Azerbaïdjan font pire. L’Allemagne, elle, est onzième.

Si, il y a quinze ans, ce pays était plus mal positionné que la France dans les premiers classements PISA, il s’est ressaisi depuis et est désormais devant. Les Allemands n’ont jamais sacrifié les budgets affectés à l’éducation et la recherche et, depuis quinze ans, se servent de PISA pour multiplier les comparaisons entre les Länder et stimuler les moins bons. La France préfère, elle, dénoncer le thermomètre. Pourtant, le vote en faveur du Front national le prouve : le mal est bel et bien là.


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