Accueil > 2D1 > chapitre 06 - Marché du travail et chômage > 90 000 chômeurs de plus en France en 2015

90 000 chômeurs de plus en France en 2015

Le Monde - 29.01.2016

lundi 1er février 2016

Depuis l’élection de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru de 668 000

Il y a quelque chose de désespérant à suivre, mois après mois, les chiffres de Pôle emploi. Alors que François Hollande avait promis, en septembre 2012, une "inversion de la courbe du chômage" pour la fin de l’année suivante, la réalité l’a, constamment ou presque, contredit, plongeant sa cote de popularité dans l’abîme. Les statistiques publiées, mercredi 27 janvier, par le ministère du travail infligent un nouveau camouflet au chef de l’Etat. En décembre 2015, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) en métropole s’est accru de 15 800 (+ 0,4 % en un mois), effaçant la diminution observée en novembre (– 15 000).

Le bilan de 2015 est, certes, moins mauvais que celui de 2014 : 90 000 chômeurs de plus en douze mois dans l’Hexagone (contre + 189 000 l’année précédente). Le chômage a poursuivi sa progression en 2015, à un rythme moins soutenu qu’en 2014 (+ 2,6 % contre + 5,7 %). Mais ces résultats peuvent difficilement être jugés satisfaisants, compte tenu du flot grossissant de personnes qui recherchent du travail : + 668 000 depuis l’élection de M. Hollande.

Si l’on retrace les évolutions mois après mois à partir de mai 2012, le nombre d’inscrits dans la catégorie A n’a baissé que huit fois – et jamais deux fois de suite – avant de reprendre son ascension, battant un nouveau record en décembre : un peu plus de 3,59 millions (presque 3,85 millions, si on intègre l’outre-mer).

Dès lors, la pression sur l’exécutif devient plus grande pour trouver de nouveaux remèdes contre le chômage. D’autant que le président de la République a dit qu’il ne se présenterait pas, en 2017, en cas d’échec sur ce front-là. "Quand on voit les derniers chiffres, on se dit qu’il y a intérêt à faire quelque chose", glisse un permanent du monde patronal. Jeudi soir, le Medef a diffusé un communiqué qui exhorte le gouvernement à sortir de son "irrésolution". "Sans réformes immédiates et profondes, on ne relancera pas réellement l’emploi", martèle-t-il.

Droite et centre poussent dans le même sens. "A quand les décisions permettant de faire évoluer le contrat de travail, le temps de travail, la rémunération et le coût du travail ? Tous ces points sont soigneusement mis sous le tapis", s’est insurgé Gérard Cherpion, député (LR, Vosges) et responsable des questions liées à l’emploi dans son parti. "La France est le seul pays en Europe à ne pas parvenir à enrayer cette spirale infernale du chômage", a renchéri Philippe Vigier, président du groupe UDI à l’Assemblée nationale. Le plan d’urgence pour l’emploi, dont les détails ont été donnés, le 18 janvier, par M. Hollande, constitue une première réponse. L’une des mesures-phares consiste à prodiguer, en 2016, 500 000 formations supplémentaires en faveur de chômeurs. Toute la question, maintenant, est de savoir si ces personnes parviendront à trouver un poste à l’issue de leurs stages.

Référendums d’entreprise

Mais le gouvernement entend aller plus loin, avec le projet de loi porté par la ministre de l’emploi, Myriam El Khomri. Ce texte, qui devrait être présenté en conseil des ministres le 9 mars, va modifier les règles relatives au temps de travail. Même si tout n’est pas encore arbitré, les premières indications livrées par l’exécutif montrent que de profonds changements vont se produire, pour donner aux entreprises plus de "souplesse", selon la formule de Manuel Valls.

Il est question de permettre à certaines catégories d’employeurs (principalement dans l’industrie) de moduler les horaires sur des périodes supérieures à un an. Autre chamboulement de taille, envisagé par le gouvernement : le recours au référendum d’entreprise pour ratifier des accords signés par des syndicats ayant recueilli au moins 30 % des voix aux élections professionnelles. Une mesure qui retirerait aux organisations majoritaires leur droit d’opposition. Pas sûr que ces dispositions, critiquées par plusieurs centrales syndicales, passent au sein de la majorité parlementaire.

Un autre chantier risque de provoquer des crispations : celui de la négociation d’une nouvelle convention pour l’assurance-chômage. Les discussions entre partenaires sociaux pourraient démarrer dans la deuxième quinzaine de février, selon une source patronale. L’exécutif a déjà fixé un cap : il faut "tout faire pour que le retour à l’emploi soit encouragé", a déclaré M. Hollande, le 18 janvier, en soutenant, au passage, qu’" en France la durée d’indemnisation est la plus longue d’Europe".

Est-ce une invitation à modifier des règles jugées généreuses ? Pour l’heure, le Medef n’a pas abondé dans ce sens, se contentant de dire que la priorité est de remettre en selle les chômeurs (Le Monde du 26 janvier). Les syndicats, eux, ont l’arme au pied : "Je m’attends à ce que la négociation soit difficile", confie Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT. "Le grand thème portera sur les économies à faire et le rééquilibrage des comptes. Or, nos marges de manœuvre sont faibles", explique Stéphane Lardy (FO), secrétaire confédéral de FO.

Bertrand Bissuel


| Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Quelques lectures utiles (académie de Paris)