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Esclavage, rançons, pétrole, pillage… comment se finance l’Etat islamique

Le Monde - 19.11.2015

vendredi 20 novembre 2015

Mercredi 18 novembre, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé la création d’une commission spéciale chargée de combattre le financement du terrorisme dans le cadre du renforcement de la lutte contre les djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI).

Cette annonce fait suite aux conclusions de l’enquête sur la destruction en vol le 31 octobre au-dessus du Sinaï d’un avion charter russe qui effectuait la liaison entre Charm El-Cheikh, en Egypte, et Saint-Pétersbourg, destruction qui serait le résultat de l’explosion d’une bombe.

Dimanche, après les attentats ayant endeuillé la région parisienne, la France a demandé, par l’entremise de son ministre des finances, Michel Sapin, lors du G20 en Turquie, « des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme ».

L’heure semble donc être à l’action. Selon plusieurs études, l’EI aurait la main sur des actifs dont le montant est estimé à 2 000 milliards de dollars (1 800 milliards d’euros), chiffre qui intègre notamment la valorisation des richesses globales des zones qu’il contrôle dont les ressources pétrolières et gazières. Il peut également revendiquer des revenus annuels de 2,9 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros). A titre de comparaison, le budget des talibans par exemple est évalué entre 53 millions et 320 millions de dollars, et celui du Hezbollah entre 160 millions et 363 millions de dollars.

Quelles sont les sources principales de financement du groupe terroriste ?
Les chiffres sont donnés en dollars américains pour faciliter les comparaisons (entre les chiffres eux-mêmes et entre les différentes sources compulsées).

L’esclavage et les rançons

L’esclavage concerne surtout les minorités (yézidis, shabaks, chrétiens assyriens… quand ils ne peuvent pas payer la taxe spéciale qui leur est infligée) et tout particulièrement les femmes.
Selon la liste qu’a diffusée une employée de l’Organisation des nations unies, les sommes demandées vont de 40 dollars à 165 dollars, dans un ordre proportionnellement inverse à l’âge.
Le groupe terroriste se finance aussi avec les rançons extorquées aux proches des otages, aux gouvernements (même s’ils s’en défendent) et aux sociétés d’assurance, des rançons dont les revenus équivaudraient à 10 millions de dollars par mois.

Les « taxes » locales

Sur les territoires qu’il contrôle, l’EI pratique l’extorsion et impose des taxes aux populations locales. Tout particulièrement les fonctionnaires encore payés par les autorités de Bagdad, en Irak, et de Damas, en Syrie (taxés à 50 %), ce qui génère 300 millions de dollars par an. Une taxe de 5 % serait en outre prélevée sur tous les salaires des zones où l’EI est établi.

Il diversifie ses revenus en taxant systématiquement tout passage (camions, convois humains) aux frontières qu’il contrôle ; la banque de crédit de Rakka est chargée de collecter 20 dollars tous les deux mois auprès des commerçants ; il s’attribue en outre les fruits des cultures des plaines à l’est d’Alep (coton, céréales…). Selon le rapport du service de recherche du Congrès américain, même les élèves sont taxés (chaque mois, 22 dollars en primaire, 43 en secondaire, 65 à l’université).

L’Etat islamique d’Irak, avant d’être Etat islamique en Irak et au Levant, prélève depuis plusieurs années 8 millions de dollars par mois dans la seule région de Mossoul.

Le pétrole

Une dizaine de champs de pétrole seraient aux mains de l’EI. Cet « or noir », qui représenterait 44 000 barils par jour en Syrie et 4 000 en Irak, est revendu à prix cassés.

A 30 dollars le baril (il est à 45 sur les marchés financiers), cela constitue une manne d’environ 1,4 million de dollars par jour, soit plus de 500 millions de dollars par an.
Une enquête du Financial Times publiée en octobre a montré comment l’EI parvenait à maintenir une chaîne de production en dépit du contexte politique et d’installations vieillissantes. Les raffineurs viennent se fournir auprès des puits contrôlés par l’EI, les camions-citernes formant des queues longues de 6 kilomètres. Le pétrole est ensuite vendu localement ou en Turquie.

Le pillage des banques

A Mossoul, l’un de ses principaux fiefs en Irak, l’EI s’est aussi accaparé les ressources de la banque centrale en juin 2014. Ces ressources représentaient environ 500 milliards de dinars irakiens, soit 450 millions de dollars. L’organisation aurait également dérobé les ressources en or des autres banques des régions qu’elle contrôle.

Les œuvres d’art

Les amateurs d’objets archéologiques, qui dans le monde entier achètent des pièces pillées en Syrie et en Irak, « participent au financement du groupe Etat islamique et donc du terrorisme », a assuré vendredi 13 novembre à Paris le directeur général des Antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim.

Selon des calculs du Wall Street Journal, la vente d’antiquités et d’œuvres d’art en provenance de ces régions procurerait environ 100 millions de dollars par an à l’EI.
Mardi, François Hollande a annoncé des mesures contre le trafic d’œuvres d’art massivement pratiqué par l’EI pour financer ses opérations terroristes.

« En ce moment même, l’organisation terroriste Daech délivre des permis de fouille, prélève des taxes sur les biens qui vont ensuite alimenter le marché noir mondial, transitant par des ports francs qui sont des havres pour le recel et le blanchiment, y compris en Europe. »

Face à ces pratiques, la France va instaurer un « droit d’asile » pour les œuvres d’art menacées provenant en particulier de Syrie et d’Irak. Cette disposition figurera dans la loi « liberté de la création » que la ministre de la culture, Fleur Pellerin, doit faire voter au Parlement.

Le blanchiment

Les transactions bancaires signalées dans le cadre de la loi antiblanchiment des Etats-Unis ont produit cette année un nombre croissant d’alertes relatives à des transactions financières pouvant impliquer l’EI.

Mardi, les banques américaines ont annoncé qu’elles épluchaient leurs transactions à la recherche de liens éventuels avec des suspects des attentats du 13 novembre. Selon Gerald Roberts Jr, qui dirige la section Opérations de financement du terrorisme du FBI, à l’occasion d’une conférence de l’American Bankers Association :
« Certaines des meilleures informations dont nous disposons sur les réseaux actifs d’EI (…) viennent de chez vous. »

Le financement extérieur

Les services de renseignement irakiens ont récemment récupéré 160 clés USB dans la cache d’un cadre du mouvement, clés renfermant notamment des informations inédites sur l’état des comptes.

Pour le premier ministre irakien, la situation est claire : « Nous tenons [l’Arabie saoudite] responsable des aides financière et morale que les groupes [insurgés] reçoivent », a déclaré mardi Nouri Al-Maliki.

En France, les autorités n’accusent pas directement des pays tiers mais posent la question de financements privés issus de certains pays. Manuel Valls, à la veille de sa rencontre avec le premier ministre du Qatar, mardi, déclarait :
« Le pouvoir en Arabie saoudite comme au Qatar lutte contre Daech, ça, c’est incontestable et je n’ai pas de raison de douter aujourd’hui de l’engagement de ces deux gouvernements. Reste la question de l’ensemble de ces financements [à propos d’éventuels financements privés du terrorisme dans ces pays]. Nous ne pourrions accepter aucun élément qui participe du financement de ce terrorisme contre nous. »

Par ailleurs, l’organisation devenant une « franchise », les djihadistes eux-mêmes peuvent fournir de l’argent à l’organisation : provenant de 110 pays différents (Tunisie et Arabie saoudite en tête), les multiples têtes de l’EI sont autant de relais d’un financement organisé à l’échelle mondiale.


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Quelques lectures utiles (académie de Paris)