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Vivendi va se recentrer sur les médias et introduire SFR en Bourse

Le Monde - 13.09.2013

samedi 21 septembre 2013

Vincent Bolloré et Jean-René Fourtou ont décidé de taire leurs dissensions à la tête du groupe

Vincent Bolloré assure qu’il ne s’agit pas d’une mise sous tutelle. On n’est pas obligé de le croire. Après avoir menacé durant plusieurs jours de briguer la direction de Vivendi, le tycoon breton, premier actionnaire du géant des médias et des télécommunications (5 % du capital), a finalement été nommé vice-président du conseil de surveillance du groupe, à l’issue d’un conseil exceptionnel qui s’est tenu mercredi 11 septembre.

" C’est un grand honneur et une grande joie d’avoir été choisi par Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance, déclare au Monde Vincent Bolloré. C’est quelqu’un que je connais depuis trente ans et pour lequel j’ai beaucoup d’amitié. Nous allons désormais travailler main dans la main. Cela clarifie les inquiétudes des uns et des autres. "

Selon nos informations, aucune échéance n’aurait été fixée pour le départ de M. Fourtou du conseil de surveillance, dont le mandat court jusqu’en 2016. C’était pourtant une revendication de M. Bolloré. De même, Jean-François Dubos, l’actuel président du directoire, présenté depuis juin 2012 comme intérimaire, restera pour le moment à son poste.

" J’étais depuis un an autour de la table du conseil de surveillance à regarder ce qui se passait chez Vivendi, précise l’homme d’affaires, qui sera désormais associé aux recrutements. Je vais maintenant m’impliquer dans la stratégie avec Jean-René Fourtou, qui est mon président et auquel je serai d’un soutien total. "

Cette clarification de la gouvernance s’accompagne également d’une confirmation de la stratégie évoquée depuis quelque mois en coulisses " Le conseil de surveillance de Vivendi, après avoir annoncé deux opérations de cession majeures en juillet - Maroc Telecom et Activision Blizzard - , a décidé à l’unanimité de mettre à l’étude une scission du groupe en deux sociétés distinctes ", a indiqué le groupe dans un communiqué.

Concrètement, Universal Music, GVT et Canal+ seraient regroupés au sein d’une nouvelle société pour créer un " groupe de médias international basé en France ". La société SFR devrait, elle, prendre son indépendance à l’occasion d’une introduction en Bourse, qui ne devrait néanmoins pas intervenir avant l’automne 2014. " La décision définitive de cette scission pourrait être prise en début d’année prochaine et soumise à l’assemblée générale 2014 ", indique le groupe.

" Le projet de scission devrait créer une valeur importante pour les actionnaires ", assure la direction de Vivendi. Le groupe espère ainsi mettre fin à la fameuse " décote de holding " (une holding est toujours moins valorisée en Bourse que la somme des entreprises qui la composent) qui plombe le cours de Bourse du groupe.

A chaud, cette scission laisse les analystes assez dubitatifs. Bien que très profitable, l’opérateur brésilien GVT n’a, selon eux, pas sa place dans un nouvel ensemble recentré sur les médias. " Si c’était vraiment un groupe de médias qu’ils voulaient constituer, ils auraient dû garder Activision et vendre GVT, qui est bel et bien un opérateur de télécommunication. Et les trois entités restantes n’ont pas plus de synergies que ce qui existait avant... ", souligne un observateur du secteur, ajoutant : " Pour se défaire totalement de la décote, il aurait fallu tout casser et se séparer des entités une à une. "

Pour Jerôme Bodin, analyste chez Natixis, la stratégie de Vivendi pourrait s’orienter un peu plus vers Canal+. Selon une note du courtier, les titres des groupes américains spécialisés dans l’audiovisuel (Time Warner, CBS, NewsCorp, WaltDisney) ont connu une croissance de 90 % depuis 2005, quand ceux des groupes français (Vivendi, Lagardère, TF1, M6) chutaient de 40 %. La différence : un investissement massif dans le contenu. " Canal+ présente un fort potentiel de croissance, notamment dans le contenu ", souligne M. Bodin. Selon un autre analyste, la chaîne cryptée pourrait investir beaucoup plus dans la production de cinéma ou encore de séries TV.

Un investissement qui pourrait dépendre des revenus tirés de la mise en bourse de SFR. Mais, soumis à une concurrence de plus en plus sévère depuis l’arrivée de Free sur le marché en janvier 2012, le deuxième opérateur français ne cesse de voir ses résultats se dégrader. Vivendi cherche à le céder depuis déjà quelques mois. " Finalement, on met en bourse quand on ne sait plus trop quoi faire d’autre ", note un analyste.

Pour un bon connaisseur du secteur, c’est au contraire peut-être le bon moment. " Il y a un regain d’intérêt pour les télécoms, avec la vente de la participation de Vodafone dans Verizon Wireless ", note-t-il.

Selon les syndicats de SFR, l’opérateur pourrait en tout cas tirer profit de cette nouvelle indépendance. " C’est peut-être ce qu’il y a de mieux à faire, estime Olivier Lelong, délégué CFDT. Nous sommes plutôt handicapés par les querelles intestines de Vivendi. Autant être seuls plutôt que piégés dans ce conglomérat. "

Sarah Belouezzane et Cédric Pietralunga


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