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L’innovation, sanctuaire des politiques japonaise et sud-coréenne

Le Monde - 13.09.2013

samedi 21 septembre 2013

Malgré la percée des émergents et les crises, Tokyo comme Séoul continuent d’orienter les priorités économiques

Au Japon comme en Corée du Sud, l’industrie reste un moteur important de l’économie. En 2012, Toyota a d’ailleurs repris à General Motors la place de numéro un mondial de l’automobile. Quant au sud-coréen Samsung, il domine Apple sur son propre marché aux Etats-Unis.

L’automobile, l’électronique et l’industrie lourde continuent de tirer la croissance des deux voisins asiatiques. Et ce, même si la mondialisation, les crises - éclatement de la bulle spéculative au début des années 1990 au Japon, crise asiatique de 1997 pour la Corée du Sud - comme la montée en puissance des nations émergentes les ont forcés à adapter leur modèle.

Jusque vers la fin des années 1980, au Japon comme en Corée du Sud, l’Etat, interventionniste voire directif, a investi dans les infrastructures, fixé des orientations et des objectifs d’innovations et de développement - plans quinquennaux en Corée du Sud entre 1962 et 1992 - tout en favorisant la création de grands groupes, keiretsu au Japon et chaebol en Corée du Sud, qui se sont appuyés sur un réseau dense de PME.

La réussite industrielle du Japon a des racines culturelles. Au premier rang desquelles l’amour du travail bien fait, incarné par le concept ancien de monozukuri au coeur de la culture industrielle. Ou encore le culte de l’amélioration, le kaizen, au coeur du toyotisme. Ces valeurs fondamentales perdurent malgré les vingt années qui ont suivi la crise de 1990 et ont fait évoluer le modèle industriel.

Savoir-faire uniques

En Corée du Sud, le " miracle de la rivière Han " - c’est comme ça qu’on appelle le miracle économique - ne doit rien au miracle. Il s’est fait à marche forcée dans un cadre très hiérarchisé et discipliné.

En Corée du Sud comme au Japon, l’attachement à la production nationale reste fort. Certes, la récente hausse du yen a incité certains Nippons à délocaliser, mais le mouvement n’a jamais pris beaucoup d’ampleur.

Dans le même temps, l’innovation a toujours été une priorité. Aujourd’hui encore, la part du PIB consacrée à la recherche et au développement dépasse 3,3 % dans les deux pays, alors que la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques se limite à 2,3 %.

Les industriels japonais continuent de proposer des savoir-faire uniques qui leur permettent de vendre à des géants de l’électronique comme Samsung des petites " boîtes noires " contenant une technologie qu’ils sont les seuls à maîtriser. Cet atout a été acquis au détriment de la conception de produits finis révolutionnaires. Mais l’industrie japonaise occupe " une position privilégiée, dans la mesure où elle est spécialisée dans les biens et les composants de haute qualité ", estime Sébastien Lechevalier, auteur de La Grande Transformation du capitalisme japonais (Presses de Sciences Po, 2011).

Et malgré les évolutions et les ouvertures, l’Etat reste un acteur de la politique économique. En témoigne le plan de relance du premier ministre japonais, Shinzo Abe. En Corée du Sud, même si l’économie est plus ouverte, le président, Lee Myung-bak, en poste de 2008 à 2013, a initié la croissance verte assise sur la mutation des industries classiques vers celles des technologies environnementales. La présidente Park Geun-hye insiste sur le soutien aux PME innovantes.

Philippe Mesmer


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