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Le difficile pari des OPA en Bourse

Le Monde - 07.06.2015

dimanche 7 juin 2015

De rares fonds se sont spécialisés en offres publiques d’achat avec des réussites toutes relatives

Le marché des fusions tourne à plein régime. Entre le retour, même timide, de la croissance mondiale et, surtout, des financements dopés par les politiques monétaires accommodantes des banques centrales, pas une semaine ne passe sans que soit annoncée une offre publique d’achat (OPA). Dernière en date, celle du groupe américain de semi-conducteurs Intel sur son rival Altera.

Au premier trimestre, le nombre de fusions-acquisitions a encore bondi de 25 % au niveau mondial, selon Thomson Reuters. Avec un montant d’opérations de 60 milliards de dollars (52,9 milliards d’euros, en hausse de 94 % entre le premier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015), le secteur de la santé est le plus actif. En témoigne l’acquisition d’AbbVie par Pharmacyclics, en mars, pour la bagatelle de 20 milliards de dollars.

"Ce secteur est propice aux OPA, car bon nombre de laboratoires font face à un ralentissement de la croissance, leurs brevets tombant dans le domaine public. Pour y remédier, ils utilisent leur importante trésorerie et peuvent compter sur leur capacité à créer des liquidités pour faire leurs emplettes. Si, pour le moment, il s’agit principalement de fusions de groupes américains, le même phénomène de concentration devrait intervenir en Europe", prédit Jérémy Gaudichon, cogérant de KBL Richelieu Spécial, le premier fonds spécialisé dans les OPA lancé en France il y a quinze ans.

En Europe aussi, l’heure est aux grandes manœuvres. Depuis janvier, le nombre d’opérations a grimpé de 26 %, après une année 2014 faste. En 2014, 474 entreprises françaises ont été la cible d’investisseurs étrangers, soit 32 % de plus qu’en 2013, selon une étude de BvdInfo. Il faut remonter à 2008 pour trouver une activité aussi soutenue. "Nous enregistrons un effet de rattrapage, notamment pour des opérations qui avaient été différées, souligne M. Gaudichon. Le “quantitative easing” - la politique de rachat massif de dettes souveraines - de la Banque centrale européenne a entraîné une baisse de l’euro, qui rend les sociétés européennes beaucoup plus attractives. Pour un groupe américain, acheter un concurrent européen lui coûte 30 % de moins qu’en 2014."

"Environnement plus porteur"

Autre secteur sous le feu des projecteurs : les télécommunications. Numericable SFR vient de racheter Suddenlink Communications, le septième câblo-opérateur américain, pour 9,1 milliards de dollars ; Orange s’est offert l’espagnol Jazztel pour 3,4 milliards d’euros…" En Europe, les télécoms ont traversé une période compliquée avec des pressions concurrentielles accrues et une faible croissance. Aujourd’hui, l’environnement est plus porteur, et on assiste à un mouvement de consolidation", explique M. Gaudichon.

En Bourse, ces OPA sont recherchées par les investisseurs, car, à chaque fois, les acquéreurs offrent des primes sur le dernier cours coté de la cible, afin que ses actionnaires acceptent de se faire racheter. Lors de l’acquisition de Norbert Dentressangle par XPO Logistics, fin avril, ce bonus s’élevait à 36 %.Faut-il pour autant axer sa stratégie d’investissement uniquement sur ce thème ? Pas si sûr. Détecter les prochaines opérations n’est pas sans risque. "Même s’il y a des indices concomitants, on ne maîtrise pas la chronologie de réalisation des opérations", concède Jérémy Gaudichon.

D’ailleurs, les fonds spécialisés dans les OPA sont rares. Dans la plupart des cas, ils investissent surtout dans des sociétés dites en retournement, c’est-à-dire opérant des virages stratégiques à coups de cessions d’actifs. Côté performance, ils ne se distinguent pas particulièrement. KBL Richelieu Spécial a gagné 1,05 % en 2014, lorsque, dans le même temps, l’indice boursier MSCI Europe progressait de 6,83 %. Sur les quatre premiers mois de 2015, il s’adjuge 15,21 %, contre 16,57 % pour le MSCI Europe. Autre exemple : EDR Europe Synergy réalise des gains inférieurs à l’indice, au premier trimestre.

"Or, dans le même temps, des fonds diversifiés, comme Objectif Small Caps Euro de Lazard Frères Gestion ou Moneta Micro Entreprise, ont eux aussi profité d’OPA, comme celle sur Norbert Dentressangle, ce qui a soutenu leur performance", commente Thomas Lancereau, directeur de l’analyse des fonds Morningstar. Pour lui, les particuliers ont plutôt intérêt à sélectionner des fonds généralistes, car un autre risque pèse sur les fonds thématiques, celui d’arriver après la bataille. Les particuliers y investissent quand le thème est à la mode… Souvent trop tard.

Franck Pauly


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