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Le recul de l’euro dope les exportations françaises

Le Monde - 06.06.2015

samedi 6 juin 2015

Une nette embellie. En avril, le déficit commercial de la France a atteint 3 milliards d’euros, soit 1,4 milliard de moins qu’en mars, selon les chiffres publiés vendredi 5 juin par les douanes.

Les exportations poursuivent leur progression (+ 1,4 % après + 0,8 % en mars) et les importations diminuent fortement (–2,1 %). Conséquence : le déficit cumulé des douze derniers mois se limite à 50 milliards d’euros, alors qu’il était encore de 54,2 milliards en 2014.

Cette bonne performance est due à la baisse des achats en hydrocarbures et à une hausse des ventes aéronautiques (livraisons d’Airbus). Mais le recul de l’euro y est pour beaucoup.

En dépit de son rebond de cette semaine, la monnaie unique accuse une baisse de près de 20 % par rapport au dollar en un an, à 1,12 dollar, et de quelque 10 % par rapport à l’ensemble des devises internationales.

Un reflux accéléré depuis l’automne 2014 et l’annonce du mégaplan d’achat de dettes souveraines par la Banque centrale européenne (BCE), qui augmente la quantité d’euros en circulation.

Audrey Tonnelier


Le recul de l’euro, bouffée d’oxygène pour les exportations françaises

En avril, le déficit commercial s’est nettement réduit, dopé par l’aéronautique

La perspective d’une remontée des taux directeurs américains dans le courant de l’année, qui pousse le dollar à la hausse, affecte aussi mécaniquement la monnaie européenne.

"C’est une véritable bouffée d’oxygène pour les entreprises exportatrices françaises", se réjouit Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). D’autant que "ce recul de l’euro intervient après une longue phase de hausse, quasiment depuis 2002. L’euro était arrivé à un niveau pénalisant pour la France, supérieur à sa moyenne de long terme (autour de 1,15 euro)", souligne Hélène Baudchon, économiste France chez BNP Paribas.

Cet effet bénéfique est d’autant plus marqué que la typologie des produits français les rend particulièrement sensibles aux variations de change. Contrairement aux exportations allemandes, à plus forte valeur ajoutée, dont les ventes dépendent moins du prix que de la qualité, les exports hexagonaux, et notamment l’industrie moyen de gamme, profitent largement d’un recul de la monnaie unique, à même de doper les marges. Chez Airbus, 10 centimes d’euros en moins pendant au moins un an représentent ainsi une hausse de 1 milliard d’euros du résultat opérationnel. LVMH, L’Oréal, Essilor ou Bic ont aussi vu l’effet d’aubaine sur leurs résultats du premier trimestre.

Au global, une baisse des prix de 1 % engendre une hausse de 0,6 % des exportations françaises, selon l’OFCE. Cette "compétitivité-coût", dans le jargon des économistes, fait figure d’accélérateur de croissance : "une baisse de 10 % de l’euro par rapport aux autres devises engendre un gain de 0,5 % de PIB", estime M. Plane. Il prévoit ainsi une hausse de 1,4 % du PIB cette année, contre 1,1 % si l’euro n’avait pas décru aussi fortement. Jeudi 4 juin, la Banque de France a publié une prévision de croissance de 1,2 % pour 2015, soulignant les "gains de compétitivité induits par la dépréciation de l’euro". Le gouvernement, lui, table toujours sur une croissance de 1 % cette année, mais distille régulièrement l’idée qu’elle pourrait être supérieure – jusqu’à 1,5 %…

Attention, toutefois, à ne pas voir le recul de l’euro comme une baguette magique, à même de soigner tous les maux de l’Hexagone ! D’abord parce que la faiblesse de la monnaie unique renchérit aussi sur le prix des produits importés, notamment des matières premières et de l’énergie. Une situation problématique pour les entreprises qui importent beaucoup (même si les plus grandes se couvrent contre les effets de change). C’est le cas du BTP, des produits électroniques ou des compagnies aériennes, qui vendent leurs billets en euros mais achètent leur kérosène en dollars.

Faible compétitivité

A cela s’ajoute la faiblesse traditionnelle de la compétitivité française (stagnation de la productivité, rigidités du marché du travail, taille de nos PME…). "Nous ne sommes pas les mieux armés pour regagner rapidement des parts de marché", reconnaît Mme Baudchon. D’autant que la France est aussi à la traîne par rapport à ses partenaires européens – et en la matière, un euro faible n’est d’aucune aide. "Entre 2000 et 2014, notre poids dans les exportations européennes est passé de 17 à 12 %. Dans le même temps, l’Espagne gagnait un point et l’Allemagne, trois", pointe Jean-François Ouvrard, directeur des études de l’institut de conjoncture CŒ-Rexecode.

Enfin, la structure du tissu industriel français ne le rend pas partout aussi sensible à l’euro : la moitié des exportations se font en zone euro, et l’écrasante majorité de nos PME ne dépasse pas les frontières de l’Hexagone. A cet égard, les économistes soulignent toutefois un effet "de second tour". "Le recul de l’euro est bénéfique aux exportations de nos partenaires européens, donc va soutenir leur croissance et leur demande intérieure. Par ricochet, cette dynamique est susceptible de bénéficier aux entreprises françaises, même celles qui n’exportent pas en dehors de la zone euro", détaille Mme Baudchon.

L’effet dopant de l’euro va-t-il continuer à soutenir la compétitivité française ? Après plus d’un an de recul, la parité avec le dollar, que d’aucuns voyaient à portée de main au printemps, semble désormais plus lointaine. Pour Mme Baudchon, "le rôle déclencheur joué par la baisse de l’euro, couplée à celle du pétrole et aux mesures du gouvernement en faveur des entreprises - CICE, pacte de responsabilité - , devrait permettre une croissance pérenne qui sera peu affectée par un rebond de l’euro et du pétrole." "Pétrole et euro vont jouer favorablement en 2015, mais une fois passé ces effets, la question de l’investissement et de la productivité française se reposera" tempère M. Ouvrard.

Audrey Tonnelier


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