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La Grèce : premier pays européen aidé massivement par le FMI

Le Monde - 04.06.2015

vendredi 5 juin 2015

Le FMI a toujours joué un rôle à part dans le sauvetage financier de la Grèce. Cela s’est encore vérifié ces derniers jours, alors que l’institution internationale a contribué à bloquer les négociations sur une liste de réformes contre des prêts supplémentaires à Athènes. Il exigeait encore, le week-end dernier, une réforme des retraites avec des baisses supplémentaires du niveau des pensions. Une demande inacceptable politiquement pour le gouvernement d’Alexis Tsipras.

Fondé en 1944 pour assurer à l’époque la stabilité du système monétaire international (et en 1976, pour venir en aide aux pays en difficulté), le FMI n’a pas toujours joué le mauvais rôle dans le dossier grec. Au printemps 2010, quand il s’agissait de s’entendre – déjà – sur un sauvetage de la Grèce, qui menaçait de faire faillite et, à l’époque, d’entraîner l’ensemble de l’eurozone dans sa chute, c’était plutôt l’Allemagne qui se montrait la plus dure sur les mesures d’austérité devant être imposées à la Grèce.

Le 23 avril 2010, les pays de la zone euro ont fini par activer un (premier) plan d’aide à la Grèce, de 110 milliards d’euros. Dont 80 milliards de prêts en provenance de la zone euro et 30 milliards avancés par le FMI. Une somme énorme pour l’institution, compte tenu de la taille du pays (11 millions d’habitants), au regard des autres interventions du Fonds. C’est la première fois que le FMI intervient dans la zone euro. Si beaucoup d’acteurs à l’époque – Nicolas Sarkozy en France, Jean Claude Junker, à ce moment président de l’Eurogroupe, et maintenant, de la Commission européenne – s’y opposent, la chancelière allemande Angela Merkel y est favorable.

Ayant accumulé des dizaines d’années d’expérience comme "pompier" des pays en crise, en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, le Fonds dispose des savoir-faire pour négocier puis pour vérifier la mise en place des réformes exigées en échange des prêts accordés. Une expertise dont ne disposent pas encore les Européens en 2010 (depuis, la Commission s’est équipée d’une "task force", d’experts).

Profonde aversion

La demande officielle d’aide viendra cependant directement du premier ministre grec de l’époque, Georges Papandréou, grand ami de Dominique Strauss-Kahn, à l’époque directeur général du FMI. Est-ce au nom de cette amitié que le Fonds, mené alors d’une main de fer par "DSK", contournera ses propres règles ? Pour intervenir en Grèce, le FMI reverra en effet ses propres statuts, qui stipulent qu’un pays ne peut être aidé que s’il est solvable, ce qui a été très vite mis en doute par les experts.

Les Grecs ont développé une profonde aversion à l’égard du FMI, au fur et à mesure que ce dernier, au sein de la "troïka" avec les autres créanciers du pays (Union européenne et BCE), impose, puis pilote au plus près la mise en place de très sévères mesures d’austérité, à partir de 2010. Il y a deux ans, en juin 2013, le FMI avait d’ailleurs fait une sorte de mea culpa, reconnaissant dans un rapport que les mesures préconisées à la Grèce, et qui avaient contribué à une chute du PIB de 22 % entre 2008 et 2012, étaient en partie inadaptées. "Se débarrasser" du FMI était un des objectifs politiques du conservateur Antonis Samaras, qui a cédé son fauteuil de premier ministre à Alexis Tsipras, en janvier dernier.

Dirigé par Christine Lagarde depuis le 5 juillet 2011, le Fonds est aussi régulièrement critiqué à Bruxelles pour son approche, jugée insuffisamment politique et peu adaptée à la réalité de la Grèce. Plus récemment, le fait que le FMI, fin 2014, ait contribué – déjà – à bloquer les négociations qui s’étaient engagées entre Samaras et les créanciers du pays, sur la fin du deuxième plan d’aide à la Grèce, ne passe pas non plus à la Commission européenne. De fait, si un accord avait été trouvé à ce moment-là, le psychodrame de ce printemps n’aurait probablement pas eu lieu.

Certains, en Europe, attribuent la rigidité récente du FMI à l’égard d’Athènes à ses règles de fonctionnement. L’institution veut absolument éviter de créer un précédent avec la Grèce, en assouplissant ses conditions de prêts. Par ailleurs, parmi les 188 pays présents au conseil d’administration du Fonds, "certains n’ont pas la même obsession de la Grèce qu’en Europe, c’est normal. Et trouvent qu’on a déjà trop prêté au pays", explique une source proche des négociations avec Athènes.

L’attitude du FMI va-t-elle changer dans les semaines qui viennent, si un accord est enfin trouvé sur le nouveau programme de réformes exigé par les créanciers d’Athènes ? Pas impossible : cela fait déjà quelque temps que le FMI plaide pour une restructuration de la dette grecque (environ 320 milliards d’euros), une forte revendication du gouvernement Tsipras. Les autres créanciers sont également conscients que cette question ne pourra être éludée dans les mois qui viennent. Pas sûr pour autant qu’ils céderont rapidement…

C. Du. et A. Gt


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