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La BCE rappelée à l’ordre

Le Monde - 31.05.2015

lundi 1er juin 2015

L’information a été quelque peu éclipsée par les négociations entre Athènes et ses créanciers. Elle vaut pourtant son pesant d’or : jeudi 28 mai, Emily O’Reilly, l’"ombudsman" de l’Union européenne – c’est-à-dire la médiatrice des institutions communautaires – a envoyé une lettre au président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi. Elle lui demande "un compte-rendu détaillé de l’incident" du 18 mai et appelle l’institution à exposer les "mesures qu’elle a adoptées pour éviter qu’un incident similaire se reproduise à l’avenir".

L’incident en question s’est produit quand Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, a déclaré, lors d’une conférence privée à Londres, que son institution allait intensifier ses rachats de dettes publiques sur les marchés avant l’été. Problème : le texte de son discours révélant cette décision n’a été rendu public que le lendemain matin. Les investisseurs présents à Londres ont donc bénéficié, avant tout le monde, d’une information financière clé. Et ils ne se sont pas privés de l’exploiter : peu après les propos de M. Cœuré, l’euro a vivement décroché face au dollar.

"Davantage de transparence"

C’est grave. La BCE, plaidant la bonne foi, assure que le texte n’a pas été publié à temps du fait d’une "erreur technique". Elle a réagi en décidant de ne plus envoyer sous embargo à la presse les discours de ses dirigeants. Ce qui n’a pas vraiment de rapport avec les faits. Qu’importe : l’essentiel est que l’ombudsman réclame que la réponse détaillée de la BCE à sa requête soit publique.

Ce médiateur, pour rappel, enquête sur des cas de mauvaise administration au sein des institutions européennes. Il reçoit les plaintes des citoyens du Vieux Continent. Depuis le début de la crise, il a déjà rappelé la BCE à l’ordre plusieurs fois. Dans l’un de ses courriers, Mme O’Reilly somme ainsi l’institution d’"accorder davantage de poids à l’intérêt public pour la transparence et la reddition des comptes, ainsi qu’à la nécessité de renforcer sa légitimité aux yeux des citoyens européens".

Il faut dire que depuis le choc des subprimes, la BCE est sous le feu des projecteurs en permanence. On lui reproche d’accorder trop d’attention à l’inflation et pas assez à l’emploi. On la critique pour le chantage aux liquidités qu’elle aurait exercé sur l’Irlande, la Grèce et Chypre. On l’accuse de ne pas avoir assez lutté contre la divergence des économies, d’avoir sous-estimé la bulle immobilière espagnole, ou encore d’avoir trop tardé à lancer ses rachats de dettes publiques…

En vérité, certains de ces problèmes sont injustement imputés à la BCE. Ils sont plutôt le symptôme de dysfonctionnements profonds de la zone euro elle-même. Il n’empêche : les interrogations autour de la transparence de l’institut de Francfort sont légitimes. Bien sûr, il est vital que la confidentialité de certains documents, discussions, mails, soit protégée. Mais pour le reste, les pistes d’améliorations ne manquent pas. Certains députés européens réclament ainsi la rédaction d’un code de conduite encadrant les relations entre les membres de la BCE et les investisseurs. Ce serait un bon début.

Marie Charrel


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