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Un travailleur sur deux n’est pas salarié

Le Monde - 20.05.2015

vendredi 29 mai 2015

Dans son rapport sur l’emploi 2015, l’OIT plaide pour une prise en compte et une meilleure protection sociale des 75 % de travailleurs informels et précaires dans le monde

C’est presque un changement de logiciel. Dans son rapport "Emplois, questions sociales dans le monde", publié mardi 19 mai, l’Organisation internationale du travail (OIT) prône une meilleure prise en compte des formes d’emplois informels et précaires. Jusqu’alors, l’agence des Nations unies, qui regroupe les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 185 Etats, s’intéressait plus aux formes d’emplois dits "classiques" : plein-temps, salarié, contrat permanent.

Mais aujourd’hui, le salariat ne représente que la moitié de l’emploi dans le monde. Il ne concerne pas plus de 20 % des travailleurs en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud. Et, dans ces emplois salariés, moins de 40 % des travailleurs bénéficient d’un contrat permanent à temps plein, soit à peine 20 % de l’emploi mondial.

"Il ne s’agit pas d’abandonner l’optique des formes standards de l’emploi, explique Guy Ryder, le directeur général de l’OIT, mais d’assurer un traitement égal à tous les travailleurs ne bénéficiant pas de la sécurité et de la protection attachées aux formes dites classiques."

Pour M. Ryder, ancien dirigeant de la Confédération syndicale internationale, ces emplois informels, flexibles ne doivent plus être considérés comme de "seconde catégorie". Les standards changent. "Il faut prendre en compte cette nouvelle réalité et adapter les politiques du marché du travail, ainsi que la législation aux diverses formes d’emploi."

A très court terme

Dans les économies avancées, les emplois autonomes, à domicile, se sont également multipliés, tout comme les contrats à très court terme et à horaires irréguliers. Dans les pays émergents, si des formes plus contractuelles progressent, l’emploi informel reste très largement répandu. La crise économique représente un facteur aggravant. Le chômage continue de plomber la situation. Pour l’OIT, qui publiera à l’automne un rapport sur la question, celui-ci, qui atteignait 201 millions de personnes dans le monde en 2014, devrait encore progresser durant les cinq prochaines années.

La faute au ralentissement tendanciel de la croissance qui atteint 3 % à 3,5 % chaque année, contre 4 % entre 2000 et 2007, avant la crise mondiale. "L’investissement productif est en panne, les profits ne sont pas assez réinvestis et l’incertitude économique reste grande, en raison notamment des risques géopolitiques, analyse Raymond Torres, directeur du département de la recherche de l’OIT et responsable du rapport. La grande volatilité des mouvements de capitaux contribue aussi à cette croissance en berne."

Ce sombre tableau explique le recul des formes d’emploi les plus pérennes. "Les entreprises ont intérêt à avoir une main-d’œuvre plus flexible, des contrats plus souples mais cela ne doit pas contribuer à créer des conditions de travail moins protégées", plaide le directeur général de l’OIT.

Si la protection sociale progresse dans le monde, les systèmes de retraite ou d’assurance-maladie sont souvent appuyés sur des systèmes contributifs et des cotisations salariales. "Les pays émergents, à fort taux d’emploi informel, ont intégré cette nécessité d’une meilleure couverture sociale pour faire face à la crise et assurer leurs propres leviers de croissance, comme en Chine, au Brésil et en Amérique latine en général, en Afrique aussi dans certains pays comme l’Ethiopie ou l’Afrique du Sud", explique M. Torres.

Des systèmes innovants ont été mis en place, reposant sur des ressources fiscales. A contrario, certains pays, notamment en Europe, ont réduit le niveau de protection dans les emplois tant classiques qu’atypiques, "afin de stimuler la croissance de l’emploi", constatent les auteurs du rapport.

Dans ce contexte, il reste notamment aux syndicats, attachés aux formes de travail traditionnelles plus faciles à organiser, à prendre le tournant. "Nous devons protéger toutes les formes d’emplois, nous intéresser aux 75 % d’emplois informels, un peu négligés, et ne pas accepter la précarisation massive, véritable trappe à pauvreté", proclame Raymond Torres.

Rémi Barroux


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