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Pour en finir avec le travail salarié

Le Monde - 23.05.2015

mercredi 27 mai 2015

La multiplication des " emplois atypiques " est aussi porteuse d’une nouvelle vision du travail. Ce projet politique se pense et se construit en opposition au salariat, à sa subordination et à ses absurdités gestionnaires

Dix pour cent des travailleurs en France, près de 8 millions en Allemagne, échappent à l’alternative classique entre travail indépendant et contrat de travail subordonné à temps plein et de longue durée. Ils sont " polyactifs ", " multiactifs ", en portage salarial, autœntrepreneurs, intermittents, intérimaires, pigistes, " para-subordonnés ", inscrits à la Maison des artistes, etc. Dans certains secteurs comme la formation professionnelle, les nouveaux médias, la culture ou l’animation sportive, ils sont majoritaires. Leur situation est celle d’un nouveau prolétariat actif et plutôt diplômé qui subit une double peine : aussi précaire que les indépendants, aussi inféodé que les salariés.

Face à cette réalité, la gauche traditionnelle semble tiraillée entre deux mauvais partis. Soit, convertie au libéralisme, elle se félicite de ces évolutions et dit rechercher une approche " humaine et moderne " des assouplissements du marché de l’emploi. Soit, campée dans une vision fordiste de la production, elle revendique de réintégrer dans le salariat classique tous ces travailleurs qui n’y sont plus, et de les placer à nouveau sous la double protection du droit du travail et du régime général de la Sécurité sociale.

L’attention est louable et légitime, mais elle nie que le monde du travail salarié, ses méthodes de management, ses absurdités gestionnaires, est aussi devenu un repoussoir pour la plupart de ces travailleurs atypiques. Derrière la statistique de la création d’entreprise, ne cherchons pas des entrepreneurs, mais surtout des personnes avides de pratiquer enfin leur métier dans de bonnes conditions, notamment éthiques.

Il est possible de sortir de cette alternative. Penser les évolutions profondes du rapport de travail ne doit pas être l’apanage de la pensée libérale. C’est une position progressiste que de souhaiter la fin de l’anachronique rapport de subordination qui régule l’essentiel des relations de production.

N’est-il pas temps de renouer avec le fil d’une vision libertaire, populaire, joyeuse de la fin du salariat, qui serait synonyme d’émancipation ? A un moment où le numérique bouleverse les modèles économiques, et où les grandes entreprises de capitaux cherchent à capter la valeur créée par le consommateur, brouillant les frontières entre le travail et le loisir, ne faut-il pas enfin sortir de la question de l’emploi pour repenser le travail lui-même ?

réflexion de fond

Cette aspiration démocratique – car c’en est une – est déjà mise en pratique dans des centaines d’expériences et d’entreprises coopératives, collaboratives, autogérées qui fleurissent sur tout le territoire depuis une dizaine d’années. Localement, ces initiatives sont reconnues, soutenues. Mais il leur faut encore faire mouvement et se revendiquer en vrai projet politique de transformation sociale.

C’est la voie empruntée par une dizaine de coopératives de production, engagées dans la construction commune de Bigre !, une " mutuelle de travail associé " qui rassemble déjà plusieurs milliers de membres.

Son objectif ? Revisiter la notion de mutualité afin d’inventer une organisation économique collective, source de droits et de solidarités sociales, qui permette à chacune et à chacun de ses membres de bien vivre de son métier. Il nous reste à comprendre, à l’échelle de la gauche tout entière, que des expériences de ce type ne sont pas simplement des initiatives locales " sympas " et humanistes, mais qu’en construisant des citoyennetés économiques elles alimentent une nécessaire réflexion de fond en matière de travail et d’emploi.

Par Anne—Laure Desgris, Noémie de Grenier et Benoît « Lewyllie »


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