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Scandale du Libor : un trader devant la justice

Le Monde - 26.05.2015

mercredi 27 mai 2015

Le procès de Tom Hayes, accusé d’être au cœur des manipulations de taux, débute mardi à Londres

Mardi 26 mai débute à Londres le procès de Tom Hayes, accusé d’avoir été l’un des hommes-clés du scandale du Libor. Si, dans cette affaire de manipulation des taux interbancaires, de nombreuses banques ont déjà été condamnées par les régulateurs à verser des amendes, l’ancien trader d’UBS et de Citigroup est le premier courtier au monde à comparaître devant la justice dans le cadre de ce scandale.

Le scandale du Libor a éclaté au grand jour en juillet 2012. Il y a presque trois ans, Barclays était condamnée à une lourde amende parce que ses courtiers avaient manipulé ce taux interbancaire. Le grand public découvrait alors cet outil technique, le London Interbank Offered Rate, qui était censé représenter le taux d’intérêt moyen auquel les banques se prêtaient entre elles.

Jusqu’à sa récente réforme, il était calculé de façon étonnamment simple, quand on sait que le Libor sert de référence à des centaines de milliers de produits financiers, depuis les prêts étudiants jusqu’aux emprunts immobiliers. Quotidiennement, des employés des plus grandes banques décrochaient leur téléphone pour déclarer le taux que leurs établissements avaient pratiqué ce jour-là. Une simple déclaration suffisait. Ensuite, l’Association des banquiers britanniques (BBA) réalisait une moyenne pondérée.

Pas trop de risques

Au milieu des années 2000, de nombreux traders ont compris le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de cette situation. Il suffisait de demander à leurs collègues chargés de déclarer le taux à la BBA de légèrement l’augmenter ou de le baisser en fonction de leurs positions sur les marchés : en augmentant ou en baissant de quelques points le taux, ils pouvaient prévoir l’orientation du Libor et parier sur les marchés sans prendre trop de risques. Progressivement, l’affaire a pris de l’ampleur : certains traders entre différentes banques ont commencé à s’entendre.

La pratique était extrêmement répandue. A l’époque, beaucoup de courtiers n’avaient pas l’impression de faire quoi que ce soit d’illégal. Les régulateurs en ont décidé autrement : pour eux, il s’agit d’une manipulation du marché. Depuis 2012, la plupart des grandes banques ont été épinglées, condamnées à payer des amendes de plus de 9 milliards de dollars (8,2 milliards d’euros). Mais jusqu’à présent, aucun courtier n’était passé devant la justice.

Tom Hayes, 35 ans, Britannique blond aux allures de premier de la classe, travaillait pour UBS à Tokyo entre 2006 et 2009, avant de rejoindre Citigroup. Selon l’accusation, il était au centre de la manipulation du Libor libellé en yens. Au total, il aurait émis 2 000 requêtes de manipulations pendant ses trois ans dans la banque suisse. Parmi ses complices se trouvaient des traders à HSBC, JPMorgan, Deutsche Bank, Royal Bank of Scotland, Citigroup, Radobank et les maisons de courtage ICAP et RP Martin.

M. Hayes plaide non coupable aux huit chefs d’accusation qui pèsent contre lui. Il ne dément pas nécessairement les faits, et il a d’ailleurs communiqué à la justice les noms de plusieurs dizaines d’autres personnes impliquées dans cette affaire. Il estime que la manipulation ne relève pas d’une infraction pénale. Son procès devrait durer environ dix semaines.

Si M. Hayes est sous le feu des projecteurs, ce n’est pas nécessairement parce qu’il était le plus influent dans la manipulation du Libor. Il a simplement été le premier poursuivi par la justice. Il ne sera pas le dernier : vingt autres personnes le sont au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Un deuxième procès aura lieu en Grande-Bretagne d’ici à la fin de l’année, et d’autres suivront outre-Atlantique.

éric Albert


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