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L’école classique

Universalis.fr - D. Diatkine

vendredi 15 mai 2015

Plusieurs définitions ont été données de l’école classique en économie, et cette pluralité n’est pas sans enjeux théoriques. On doit la première à Karl Marx, l’un des premiers et des plus importants historiens de la pensée économique. Celui-ci oppose clairement l’école classique d’Adam Smith et de David Ricardo, considérée comme scientifique, à ce qu’il appelle « l’économie vulgaire », jugée apologétique et qu’il associe aux noms de Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, Robert Malthus. De nature épistémologique, cette définition renvoie à l’opposition de la science et de l’idéologie. La deuxième est fournie par John Maynard Keynes, qui consacre le premier chapitre de son œuvre majeure (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936) à opposer à Marx une nouvelle définition de l’école classique. Cette dernière, estime-t-il, réunit Ricardo et ses successeurs (Marx compris) jusqu’à Alfred Marshall. Keynes veut ainsi signifier que l’ensemble des développements théoriques de l’école classique, au sens où il l’entend, ne constituent qu’un cas particulier – valide seulement en situation d’équilibre de plein emploi des ressources – de sa théorie générale. Également, de nature épistémologique, la distinction proposée par Keynes renvoie cette fois à l’articulation entre théorie générale et théorie particulière.

Cependant, la thèse de Keynes ne fut pas retenue par la majorité des économistes, et elle fut même inversée, puisque les modèles « keynésiens » sont présentés – par exemple, dans le cadre du modèle IS/LM – comme des modèles généraux, certes, mais auxquels est adjointe une hypothèse particulière, celle de la fixité (ou de la viscosité) des prix. Les modèles « classiques » procèdent du même modèle général, en posant, en revanche, l’hypothèse de parfaite flexibilité des prix. Il s’agit là d’une troisième définition de la notion de classicisme en théorie économique, sans grandes vertus taxinomiques toutefois, puisqu’elle revient à opposer aux modèles keynésiens la totalité de la littérature économique. C’est pourquoi les historiens de la pensée économique ne la retiennent pas et lui préfèrent une combinaison des deux premières définitions de l’école classique, forgeant ainsi une quatrième acception de ce terme. Plusieurs critères (ceux de Marx et ceux de Keynes) se trouvent alors combinés qui, cependant, ne sont pas nécessairement compatibles. On présentera d’abord les conceptions en la matière de Marx et de Keynes pour ensuite montrer à la fois l’unité et les contradictions caractéristiques de l’école classique.

1. Les classiques au sens de Marx et au sens de Keynes

L’opposition tracée par Marx dans Le Capital (1867) entre économie classique et économie vulgaire reflète celle qui distingue deux conceptions du profit. Les classiques se caractérisent par le concept de produit net, auquel sont associées deux propositions. La première est que l’économie produit chaque année plus qu’elle ne consomme. La seconde est que le prélèvement du produit net par certaines classes sociales ne constitue en aucune façon un échange.

De ce point de vue, les physiocrates, qui ont su les premiers dégager cette notion, pourraient être considérés comme les premiers des classiques. Dans le Tableau économique de François Quesnay (1758), le produit net est produit chaque année par la classe productive qui le verse à la classe des propriétaires, sans aucune contrepartie.

Cependant, il faut aller plus loin. Du point de vue de Marx, l’école classique commence avec Adam Smith, trouve son apogée avec David Ricardo et s’achève avec John Stuart Mill. En effet, selon lui, Smith a su mettre en évidence que le produit net, imputé par les physiocrates à la productivité de la terre, était un prélèvement sur le produit du travail et qu’il se répartissait entre profit et rente. Le profit est donc simplement la part du produit qui reste entre les mains du propriétaire du capital, une fois payés les salaires du travail et la rente du sol. Le concept de profit ainsi entendu est essentiel dans la définition de l’école classique. Selon Smith, il n’a rien à voir « avec le prétendu travail d’inspection et de direction », car il est proportionné au capital investi (ce rapport de proportionnalité est le taux de profit), et non à ce « prétendu travail ». Plus généralement, on ne trouve donc aucune « justification » explicite ou implicite du profit chez Smith ou chez Ricardo.

Marx interprète l’importance attachée par Ricardo à l’établissement d’une relation inverse entre profits et salaires comme la mise en évidence du caractère conflictuel de la répartition du revenu. Cette dernière est donc déterminée par des forces tout à fait différentes de celles qui déterminent les prix.

Les classiques ont compris que les conditions de production des marchandises sont exprimées par les « prix naturels ». Ceux-ci, par définition, sont tels qu’ils assurent la reproduction des conditions de l’accumulation du capital. L’offre et la demande, en revanche font graviter les prix de marché autour des prix naturels.

Une façon jugée commode par Ricardo d’exprimer les conditions de production est d’utiliser la notion de quantité de travail nécessaire à la production des marchandises. Ces quantités incluent le travail direct (payé à l’occasion de production du bien considéré) et le travail indirect (payé à l’occasion de la production des moyens de production du bien considéré). Dans ce contexte, les prix naturels sont alors exprimés comme la somme de ces quantités de travail salarié. On aboutit à la théorie de la « valeur travail », considérée comme caractéristique de la pensée classique.

En revanche, selon l’économie vulgaire, les forces de l’offre et de la demande déterminent aussi bien le prix des biens que celui des revenus (prix des services). L’économie vulgaire suppose donc que la totalité du produit est échangée avec les titulaires de revenu. Le concept de produit net disparaît. En particulier, les détenteurs du capital perçoivent les intérêts en vertu des propriétés productives du capital qu’ils louent aux entrepreneurs (Jean-Baptiste Say). Le profit (le profit pur) ne peut être, dans cette conception, que le résultat d’une « transaction hors équilibre », les gains des uns étant compensés par les pertes des autres. Le profit pur est dès lors un profit engendré par l’échange (profit upon alienation). Or, pour Marx, seule l’activité productive humaine est capable d’engendrer la valeur économique. Attribuer au « capital » (ou à la terre), en tant qu’objet physique, la propriété de créer de la valeur (l’intérêt et la rente) est pour Marx, « l’expression la plus achevée du fétichisme ».

Keynes propose une définition alternative de l’école classique. Le texte le plus controversé de la pensée économique du XXe siècle, la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, s’ouvre par deux chapitres qui énoncent une thèse d’histoire de la pensée économique. Le premier, court, propose une nouvelle définition de l’école classique, qui s’oppose explicitement à celle de Marx. Pour Keynes, l’école classique débute avec Ricardo et se prolonge jusqu’à son époque (Alfred Marshall et son successeur à Cambridge, Arthur Cecil Pigou). Plus important, le second texte énonce et critique ce que Keynes nomme les fondements de la théorie classique ainsi que la loi de Say, qui, lui semble-t-il, en découle.

L’école classique au sens de Keynes posséderait une double caractéristique. En acceptant (en établissant) la loi de Say, elle s’interdirait de penser les crises de surproduction généralisées (general glut), c’est-à-dire les excès d’offre sur tous les marchés. Les marchés s’équilibrant, elle postulerait donc le plein emploi des facteurs de production. C’est pourquoi elle ne serait valide qu’en supposant le plein emploi des ressources, ou, autrement dit, l’équilibre général sur tous les marchés. Keynes cherche donc à opposer à l’école classique sa propre théorie, une théorie qui serait « générale », et qui admettrait donc la théorie classique comme cas particulier.

La proposition de Keynes, extrêmement ambiguë, fut l’objet de nombreuses interprétations. En premier lieu, l’opposition entre théorie classique et théorie générale recouvrirait une autre opposition mettant en rapport hétérodoxie et orthodoxie (Keynes lui-même emploie ces expressions). Le point de clivage serait essentiellement monétaire. L’orthodoxie désignerait les théories économiques qui auraient pour objet de penser les relations économiques comme des relations réelles, la monnaie venant ensuite rendre compte du déroulement des transactions. Tandis que l’hétérodoxie tenterait d’emblée de penser les relations économiques comme des relations monétaires. Cette interprétation est partagée par le programme de recherche « post-keynésien ». En second lieu, l’opposition entre théorie classique et théorie générale recouvrirait l’opposition entre économie à l’équilibre et économie hors de l’équilibre. Cette interprétation est à l’origine d’un important programme de recherche qui s’est développé dans les années 1960-1970 et qui a tenté d’élaborer une théorie des déséquilibres. En dépit de leurs profondes divergences, les post-keynésiens comme les théoriciens du déséquilibre, auront en commun de s’opposer à l’interprétation dominante, énoncée juste après la publication de la Théorie générale par John Hicks, qui considérait que l’opposition proposée par Keynes n’avait pas de sens et que « théorie classique » et « théorie générale » n’étaient en fait que deux modalités de la théorie de l’équilibre général, la première faisant l’hypothèse d’ajustement instantané des prix, la seconde, au contraire celle de la fixité des prix.

Cette vision n’est généralement pas partagée par les historiens de la pensée économique. Les travaux de Piero Sraffa, en particulier son édition (en collaboration avec Maurice Dobb) des œuvres complètes de Ricardo et la publication en 1960 de Production de marchandises par des marchandises ont, à cet égard, profondément renouvelé l’approche de l’école classique. Suivant l’interprétation de Sraffa et les discussions auxquelles elle a donné lieu, l’œuvre de David Ricardo constitue le noyau dur de l’école classique.

2. La conception classique de la rareté et du capital

La conception classique de la rareté est énoncée dès les premières pages des Principes de l’économie politique et de l’impôt (On the Principles of Political Economy and Taxation, 1817). Les marchandises ne sont rares que dans la mesure où les moyens de les produire le sont. Autrement dit, si nous sommes aussi pauvres que nous le sommes, c’est parce que les moyens de produire les biens indispensables et agréables (necessaries and conveniencies) qui constituent la richesse, le sont. Ces moyens de production sont constitués par les matières premières, les outils et aussi par les biens destinés aux travailleurs (biens salaires).

Traditionnellement, il est supposé que les moyens de production ainsi définis sont avancés en début de la période de production et transformés en marchandises. Cette notion, qui remonte au moins à Quesnay, est désignée par les classiques sous le terme de capital, puisque ces avances ne seront pas consenties à moins de rapporter un profit.

Dès lors, les prix des marchandises seront d’autant plus élevés qu’elles seront plus difficiles à produire, qu’elles utiliseront plus de moyens de production. Deux marchandises qui ont la même valeur sont donc deux marchandises aussi difficiles à produire l’une que l’autre. Il serait tentant d’écrire qu’elles nécessitent la même quantité de capital pour être produites. Robert Torrens n’échappera pas à cette tentation, à laquelle résiste Ricardo.

En effet, les classiques se refusent en général à considérer le capital comme une quantité physique, c’est-à-dire comme une grandeur qui pourrait être pensée indépendamment des prix. Le capital désigne, certes, les moyens de production mais en tant qu’ils sont mis en œuvre afin de rapporter un profit maximum. Le capital est donc non pas une donnée physique initiale (au même titre que les techniques, par exemple) mais le résultat de la mise en valeur des moyens de production. En d’autres termes, des moyens de production qui ne rapporteraient pas de profit ne seraient en aucun cas du capital, mais de simples produits joints (résultats de la faillite d’une entreprise, par exemple).

Que le capital ne soit pas un facteur de production, au sens où cette dernière notion désigne un bien physique entrant dans une fonction de coût, est une caractéristique essentielle de la pensée classique. Ricardo utilise donc non pas la proposition « deux marchandises s’échangent au prorata des quantités de capital nécessaires à leur production » mais la proposition « deux marchandises s’échangent au prorata des quantités de travail direct et indirect nécessaires à leur production », parce qu’en général les moyens de production (incluant les biens salaires) sont physiquement hétérogènes. Suivant l’interprétation de Sraffa, ce ne serait que dans le cas particulier où l’input et l’output seraient physiquement homogènes – par exemple si les seuls inputs étaient du blé (semences et bien salaire) et le seul output également du blé (modèle dit « blé-blé ») – que l’on pourrait déterminer le taux de profit comme un ratio blé/blé et le capital indépendamment des prix. La théorie de la valeur-travail pose alors en premier lieu la question du concept de travail dans l’approche classique.

3. Le travail salarié

Adam Smith développe une analyse subtile du concept de travail. Il oppose, d’une part, travail indépendant et travail dépendant, d’autre part, travail productif et travail improductif. Dans tous les cas, c’est bien entendu du travail salarié qu’il est question. Le travail indépendant (où le travailleur se paye lui-même son salaire) est caractéristique de ce que Smith nomme les « temps primitifs », mais qu’il conviendrait mieux de décrire comme une économie marchande où les travailleurs indépendants échangent leurs produits. Cette économie connaît les progrès (même lents) de la productivité du travail provoqués par l’accroissement de la division du travail et elle connaît également la monnaie. En revanche, le travail dépendant apparaît caractéristique des « temps avancés ». Il conviendrait mieux de parler à leur propos d’économie capitaliste, puisque ceux-ci sont caractérisés par l’accumulation des capitaux (et l’appropriation des terres). Importante chez Smith, cette distinction entre économie marchande et économie capitaliste disparaîtra avec Ricardo.

Le travail est considéré comme le titre de propriété originaire, c’est-à-dire l’acte par lequel les biens vacants font l’objet d’une appropriation. On peut retrouver ici la trace de la distinction aristotélicienne entre, d’une part, le « mode naturel d’appropriation » (on s’approprie par le travail des biens n’appartenant à personne), et, d’autre part, le « mode artificiel d’appropriation » (l’échange). Le salaire est l’objet que le sujet économique s’approprie grâce au travail, il est « la récompense naturelle du travail » (Richesse des nations, Livre I, chap. 8). Salaire et travail sont donc définis simultanément. Pas plus que le capital, le travail ne peut être pensé comme une quantité physique, c’est-à-dire comme un facteur de production.

La distinction entre travail productif et improductif est caractéristique de l’école classique et a donné lieu à de nombreuses discussions. Le travail productif engendre le revenu (chez Smith, le salaire dans les « temps primitifs », le salaire, le profit et la rente dans les « temps avancés »). En revanche, le travail improductif est employé à l’occasion de la dépense (en biens ou services de consommation) du revenu. Le type même du travail improductif est le travail domestique, celui des « menial servants ».

Le point important réside dans le fait que le taux de salaire naturel n’est jamais assimilé à un rapport d’échange. Sur ce dernier point, la position des classiques peut cependant sembler ambiguë. Smith affirme (et cette proposition sera acceptée sans beaucoup de discussions par les classiques) que c’est conformément à « une grossière équité » (« a rough equity ») que les négociations sur le marché (« the higgling and bargaining of the market ») déterminent la structure des taux de salaire réels, en tenant compte aussi des qualifications et des pénibilités des différents travaux. C’est le seul moment où équité et marché sont supposés aller de pair. Mais les classiques semblent admettre que la première l’emporte sur le second. Ce qui, sur le fond, permet de supposer que la structure des taux de salaire est donnée.

Quoi qu’il en soit, la structure des taux de salaire réels est donc considérée comme une donnée. À chaque type de travail correspond un panier de biens salariaux déterminé. Ricardo fait sienne cette conception, qui permet d’homogénéiser le travail salarié. Il critiquera cependant Smith en insistant sur le fait que le prix de ce panier, en revanche, ne peut être considéré comme donné.

4. L’égalisation des taux de profit

Cette critique est liée étroitement à une autre, plus fondamentale encore. Smith détermine les prix naturels en supposant donnés les taux de salaire, de profit et de rente, les salaires, les profits et les rentes étant les composantes du prix naturel. La théorie de la rente différentielle va cependant permettre d’exclure celle-ci des composantes des prix. En conséquence de quoi, le revenu national n’a plus que deux composantes : salaires et profit. Si l’une des deux composantes s’accroît, on doit alors nécessairement s’attendre à ce que l’autre diminue. L’une et l’autre sont donc reliées et il n’est par conséquent pas possible qu’elles soient données de façon indépendante, comme le suppose Smith.

Cette critique suppose un raisonnement typiquement ricardien, à l’échelle de l’économie globale. Or Smith, qui intitule son ouvrage majeur de 1776 la Richesse des nations (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations), ne définit jamais explicitement ce qu’est une nation (du point de vue économique), c’est-à-dire la dimension de l’économie considérée. Plus précisément, Smith considère que chaque marchandise dispose d’un marché d’une étendue spécifique. Par exemple, l’étendue du marché des métaux précieux est mondiale (l’argent d’Amérique est vendu en Extrême-Orient) et l’étendue du marché de la pierre à bâtir est locale. La dimension « nationale » de l’économie n’est donc pas une donnée macroéconomique et c’est pourquoi il n’existe pas à proprement parler de théorie de l’échange international chez Smith.

En revanche, RicardoDavid Ricardo définit l’économie comme l’espace de circulation du capital. En d’autres termes, c’est le champ d’exercice de la concurrence des capitaux qui détermine la dimension de l’économie. Si cette concurrence joue librement, s’il n’existe pas de « frottements », elle est supposée s’exercer jusqu’à ce que les taux de profit s’égalisent entre eux. Le prix relatif de deux marchandises est alors tel qu’il rapporte un taux de profit identique à leurs possesseurs. Comme le fera remarquer Marx, qui prendra à son compte l’essentiel de cette analyse (Livre III du Capital), lorsque cette situation est atteinte, il est indifférent de posséder telle ou telle fraction du capital de la société. Tout se passe alors comme si chaque capitaliste individuel était propriétaire « d’une part aliquote » du capital social. La société capitaliste est alors constituée.

Cette situation est très proche de ce que la théorie de l’équilibre général, bien plus tard, désignera comme équilibre : les plans des acteurs (les capitalistes) sont mutuellement compatibles, en ce sens qu’aucun d’entre eux n’est incité à modifier son allocation. Il n’existe pas d’allocation du capital (entre les firmes et entre les branches) qui soit préférable à une autre. Néanmoins, pour éviter toute ambiguïté, mieux vaut parler ici de système de prix naturels (ou prix de production, selon Marx), plutôt que de système de prix d’équilibre.

Ce système de prix naturels a une propriété normative : lorsque les prix des marchandises sont tels que les taux de profit sont égaux, le capital n’est pas « gaspillé », ce qui serait le cas si un capital rapportait un taux de profit plus faible qu’un autre.

L’égalisation des taux de profit par la concurrence des capitaux définit donc une économie. Il résulte de cette analyse que les échanges entre deux économies n’y sont pas, eux, et par définition, soumis. La théorie ricardienne des coûts comparatifs montre néanmoins que les échanges internationaux sont mutuellement avantageux mais semble s’arrêter à ce point. Il est, de ce fait, courant d’affirmer que Ricardo ne détermine pas les termes de l’échange, c’est-à-dire les rapports d’échange entre exportations et importations. On considère généralement qu’il reviendra à John Stuart Mill de les déterminer en introduisant les demandes réciproques entre les produits.

Cela étant, Ricardo ne démontre pas les conditions d’existence d’un système de prix naturels (Sraffa le fera en 1960) et ne décrit que de façon allusive les conditions qui doivent être remplies pour qu’ils apparaissent effectivement sur le marché, c’est-à-dire pour que les taux de profit s’égalisent. On doit donc considérer cette égalisation moins comme un résultat de l’analyse que comme une norme définissant l’équilibre. Par ailleurs, les acteurs sont les capitalistes. Les travailleurs salariés (dépendants) subissent leurs décisions, mais n’y participent point. Cette asymétrie entre classes sociales est typique non seulement de la théorie classique mais aussi de la tradition britannique qui se prolongera jusqu’à Keynes. Elle s’oppose radicalement ici à la vision walrasienne, selon laquelle les relations entre détenteurs de facteurs de production sont, au contraire, parfaitement symétriques.

5. La théorie de la rente différentielle

Smith avait développé l’idée selon laquelle le prix naturel est constitué, en dernière analyse, des salaires, des profits et des rentes « nécessaires pour conduire la marchandise au marché ». Sa théorie de la rente est très compliquée. À son point de départ, Smith énonce que « dès l’instant que le sol d’un pays est devenu propriété privée, les propriétaires, comme tous les autres hommes, aiment à recueillir où ils n’ont pas semé, et demandent une rente ». Cette proposition provocante soulève aussitôt la question de savoir comment les propriétaires (et eux seuls) peuvent exercer un tel prélèvement. Invoquer, comme Smith le fait, une appropriation préalable ne répond pas à la question puisque personne ne cherche à s’approprier une terre qui ne rapporte pas de rente.

Comme Marx l’a fait remarquer, la théorie de la rente différentielle, développée d’abord par James Anderson, puis par Edward West et Thomas Robert Malthus, énonce les conditions qui permettent cette appropriation. Supposons que, pour une raison quelconque (par exemple, le caractère non reproductible de la terre), plusieurs techniques (par exemple, plusieurs terres de qualités différentes) soient utilisées pour produire la même marchandise. S’il en est ainsi, et puisque le prix de la marchandise doit être tel qu’il rapporte le taux ordinaire des profits, c’est la moins « efficace » des techniques employées qui détermine à la fois le prix de la marchandise et le taux de profit, qui, à l’équilibre, est le même dans toute l’économie. Ainsi, la norme de l’égalisation des taux de profit et la règle du prix unique imposée par la concurrence, font apparaître sur les terres les plus fertiles un sur-profit. C’est à cet instant alors que le propriétaire peut s’approprier ce sur-profit (par la rente) en faisant jouer la concurrence entre les fermiers capitalistes.

Il en résulte que la rente est non plus une composante du prix naturel (puisque celui-ci est déterminé par la technique ne payant pas la rente) mais un effet du prix. Ce résultat joue un rôle important dans les controverses concernant les Corn Laws (votées en 1815 et abolies en 1846).

6. La mesure invariable des valeurs et la relation entre salaire et profit

Une caractéristique importante de l’école classique est d’accorder une importance cruciale à la question du référentiel des prix. Smith considère que la monnaie n’est pas une bonne mesure des prix (des valeurs d’échange) des marchandises parce que, lorsqu’on observe un mouvement de prix monétaire, il n’est pas possible de distinguer entre la variation qui affecte la valeur de la marchandise considérée et celle qui affecte la valeur de la monnaie. C’est pourquoi il propose de remplacer la monnaie par le travail comme référentiel. Il est possible de comprendre la position de Smith, selon lequel, du point de vue du travailleur, il en coûte toujours la même peine, en tout temps et en tout lieu, d’acquérir les ressources nécessaires, à lui et à sa famille. Néanmoins, cette proposition n’a aucun sens si l’on se place, comme Ricardo le fait, du point de vue de l’employeur qui avance les salaires. De ce point de vue, même si le panier de biens salaires reste constant, sa valeur peut varier en même temps que varient le prix des marchandises qui le composent.

Cette question de la mesure invariable des valeurs occupe donc une place centrale dans la pensée classique. Elle est compliquée et aggravée par la découverte de « l’effet Ricardo ». On peut le présenter ainsi : exprimons le taux de salaire comme un pourcentage du revenu national (qui se répartit entre profit et salaire). Supposons une variation de la répartition de ce revenu national, par exemple une hausse des salaires. L’intuition nous inciterait à penser que le premier effet de cette hausse des salaires sera une hausse des prix, variable selon les secteurs d’activité. Cette hausse étant d’autant plus forte dans un secteur que celui-ci fera un recours plus intensif à la main-d’œuvre. Or Ricardo découvre que tel n’est pas le cas. En effet, cette hausse des salaires exerce également son effet sur le secteur qui produit la marchandise (ou le panier de marchandises) qui sert d’étalon des prix. Les prix des marchandises peuvent alors soit monter, soit baisser en termes de cet étalon, ce qui défie l’intuition. Plus grave encore, la grandeur du revenu national sera également modifiée du seul fait de la modification induite (par la hausse des salaires) dans la valeur de l’étalon des prix. Il n’est pas besoin de développer une théorie complète de la mesure des grandeurs pour comprendre que si la mesure d’une grandeur se modifie selon les modalités de son partage, c’est que l’instrument de mesure est incorrect. Ricardo consacrera une grande énergie à tenter de découvrir une mesure adéquate des grandeurs économiques, en même temps qu’à tenter de démontrer qu’une hausse des salaires engendre une baisse strictement proportionnelle des profits.

L’affirmation de Ricardo selon laquelle la théorie de la répartition du revenu est le problème principal de l’économie politique et qu’il existe nécessairement une relation linéaire inverse entre salaires et profits sera très mal comprise. Cette incompréhension aura des implications considérables. Très rapidement, les premiers socialistes britanniques (le cas de Thomas Hodgskin est exemplaire) s’en empareront pour montrer l’antagonisme des classes sociales.

Dans ces travaux, Piero Sraffa s’est appliqué à mieux comprendre la liaison qui existe, dans la pensée classique, entre la théorie de la répartition et la recherche de l’étalon invariable des valeurs, mettant aussi mieux en évidence l’importance de la théorie classique de la répartition.

7. La question des crises économiques

La piste esquissée par Marx et précisée par Sraffa, conduit à mettre l’accent sur la théorie ricardienne, Adam Smith apparaissant comme un précurseur moins profond de Ricardo. Entre les analyses de Smith et celles de Ricardo apparaissent néanmoins de sérieuses divergences, que l’approche keynésienne aura permis de préciser, concernant les crises économiques et le rôle de la loi de Say.

Le point de départ de la Richesse des nations est bien connu. Smith montre que l’enrichissement est le résultat des progrès dans la division du travail. Plus les quantités produites sont importantes, plus la division du travail est perfectionnée et plus la productivité du travail augmente. L’« étendue du marché » est ce qui, à un instant donné, détermine la division du travail, constituant ainsi le seul facteur limitatif en matière d’enrichissement. Pour Ricardo, le facteur limitatif de l’enrichissement est différent, puisqu’il s’agit de la « quantité de capital » disponible. Cette différence d’approche est essentielle. Elle transparaît dans la théorie des crises économiques.

Une crise économique traduit, dans tous les cas, un « excès de capital ». Cependant, dans la Richesse des nations, cet « excès de capital » se manifeste de deux façons. Dans un premier sens, il ne s’agit pas de crise économique. Cet excès de capital caractérise, bien au contraire, le « progrès ordinaire de l’opulence » (livre II, chapitre 5). Selon Smith, le capital suit un développement séquentiel. Dans une première étape, il est investi dans le secteur agricole, puis devenant excédentaire, il est investi dans les « manufactures » et enfin dans le « commerce lointain ». C’est pourquoi Smith considère que les colonies constituent une extension du marché bénéfique tant à la métropole qu’aux colonies, du moins dans la mesure où celles-ci ne sont pas opprimées par l’exclusif colonial. Ce dernier, en revanche, est une perte tant pour la métropole que pour les colonies.

Dans un second sens, en revanche, l’excès de capital peut conduire à une crise économique. Sa possibilité apparaît lorsque Smith traite de la monnaie bancaire dont il considère l’usage comme précieux mais dangereux. En effet, les banques ont pour objet de prêter de la monnaie, c’est-à-dire de remplacer l’or (coûteux) par le papier monnaie (qui ne coûte rien) en assurant la trésorerie de leurs clients. Or ceux-ci sont de trois types : les « hommes sobres » qui empruntent de la monnaie, les « prodigues » qui empruntent du revenu (ils dépensent plus qu’ils ne le peuvent), et surtout les « faiseurs de projets » qui empruntent du capital (ils investissent plus que leur épargne ne leur permet). Si ces derniers l’emportent, et ils le peuvent facilement, l’investissement est alors supérieur à l’épargne. En effet, Smith est conscient de la propagation (par voie d’imitation) des phénomènes spéculatifs. La conséquence inéluctable qui en résulte alors est la panique et la crise financière, telle celle que subirent les banques écossaises dans les années 1760.

Or les banquiers ne peuvent distinguer entre ces trois types d’emprunteurs. Pour exclure les prodigues et les faiseurs de projets du marché du crédit, Smith est partisan d’un rationnement de ce dernier. Il défend donc l’existence d’un taux d’intérêt légal fixé aussi près que possible du « taux ordinaire des profits », comme c’est le cas d’ailleurs à l’époque en Grande-Bretagne. Cette intervention massive de l’État au cœur du système financier est, en outre, jugée nécessaire mais pas suffisante pour empêcher les détresses financières qui peuvent emporter une place financière.

La possibilité d’un « excès de capital » est l’une des grandes controverses qui traversent l’école classique. Si, dès 1790, Jeremy Bentham, dans la Défense de l’usure, oppose à Smith que les faillites des entrepreneurs imprudents constituent un moment normal du fonctionnement des marchés (en niant le caractère systémique du phénomène), cette controverse opposera Malthus d’une part, Ricardo et Say d’autre part.

Pour Ricardo, un « excès de capital » est impensable, parce le capital est la ressource rare. Si le capital cessait d’être rare, alors le taux de profit, et par voie de conséquence le taux d’accumulation, deviendrait nul, mais le capital ne serait pas « en excès ». C’est d’ailleurs pourquoi il critique sévèrement la proposition de Smith en matière coloniale, qui lui paraît inintelligible.

Un engorgement général des marchés (general glut) n’est pas non plus envisageable. Supposons, en effet, que sur un marché donné, partant d’une position d’équilibre, les quantités apportées au marché soient supérieures à la demande effective (celle qui peut payer la quantité naturelle à son prix naturel), parce que celle-ci s’est, par exemple, déplacée. Le prix de marché tombera au-dessous du prix naturel et le taux de profit au-dessous du taux naturel de profit. Un tel mécanisme est exactement ce que l’on est en droit d’attendre d’un marché concurrentiel. Mais un tel phénomène ne peut se produire simultanément sur tous les marchés, comme ce serait le cas dans un general glut. Si le taux de profit de marché est inférieur au taux naturel sur un marché, il est nécessairement supérieur sur au moins un autre. Le libre jeu de la concurrence doit résorber cet écart qui ne peut persister qu’en cas d’imperfection des marchés.

Say aboutit à la même conclusion par une voie différente. Il s’appuie sur une propriété de la monnaie. Celle-ci n’est pas désirée pour elle-même. Il s’ensuit que tous les revenus créés à l’occasion de la production d’une marchandise quelconque sont nécessairement dépensés, que ce soit en biens de consommation ou en moyens de production (par le biais de l’épargne prêtée aux entrepreneurs). Si l’argent manque sur un ou plusieurs marchés, c’est nécessairement qu’il est surabondant sur d’autres. Il en résulte, selon Say, que « l’argent ne saurait être rare » sur tous les marchés, et que si les entrepreneurs ont cette impression en période de détresse financière, ils se trompent.

8. Une problématique unifiée ?

Cette controverse est donc importante et l’on peut s’interroger sur le point de savoir si elle exprime deux problématiques différentes. Si tel était le cas, il semblerait légitime de poser la question de l’unité théorique de l’école classique.

Il suffit de lire la Richesse des nations et les Principes de l’économie politique et de l’impôt pour être frappé par la différence de ton entre ces deux ouvrages. Michel Foucault, dans Les Mots et les choses, avait souligné ces différences qu’il attribuait à deux épistémès différentes. Avant lui, les économistes de la tradition marshallienne avaient interprété ces différences comme le résultat d’hypothèses sur les rendements (d’échelle et marginaux) affectant « normalement » l’activité économique. Smith supposerait des rendements d’échelle croissants (comme en témoigne son insistance sur le fait que les marchandises sont de moins en moins coûteuses à produire à mesure que les quantités produites augmentent), Ricardo des rendements d’échelle constants et des rendements marginaux décroissants, comme en témoigne sa conception de l’accumulation du capital comme lutte contre la rareté de ce dernier.

On peut exprimer cette différence de ton en des termes plus simples. Smith se demande : « pourquoi sommes-nous si riches ? », tandis que Ricardo se demande : « pourquoi sommes-nous si pauvres ? ». Smith serait « optimiste » et Ricardo « pessimiste ». L’impression est toutefois trompeuse, car les questions posées par les deux auteurs sont sensiblement différentes.

Pour s’en convaincre, il faut revenir sur une constante importante de l’école classique qui oppose deux types de comportements : l’activité laborieuse et l’accumulation du capital. Le travail salarié est une activité limitée par les besoins. En tant que donnée, le taux de salaire naturel exprime très simplement ce fait : le travailleur ne travaille que dans la limite de ses besoins. En revanche, l’accumulation du capital est une activité sans fin. Dans la Théorie des sentiments moraux (1759), Smith est parfaitement clair sur ce point. Celui qui accumule du capital s’imagine qu’il consommera plus tard le capital qu’il accumule aujourd’hui : il renonce à sa consommation présente pour pouvoir consommer davantage dans le futur. Mais, en réalité, jamais il ne consommera car, sans qu’il le sache, ce n’est pas l’utilité qu’il recherche ; c’est son « amour des systèmes » qu’il satisfait, comme l’homme d’État ou le philosophe. Il est donc victime d’une illusion, selon Smith, et « cette illusion a changé la face du monde ».

De ce point de vue, l’activité laborieuse et l’accumulation du capital s’opposent en ce que la première est parfaitement lucide quand la seconde est inconsciente. Bien entendu, un individu peut décider de vendre son capital et consommer enfin le fruit de son épargne. Smith n’évoque même pas ce cas, car le capital, en d’autres mains, poursuit alors son accumulation. Ce qui revient finalement à une formulation très proche de celle qui sera formulée bien plus tard : l’accumulation du capital est un processus sans sujet. Cette position est dans le fond commune à Smith, à Ricardo mais aussi à Marx.

La différence qui traverse l’école classique tient au jugement porté sur l’accumulation du capital. La question que pose Smith est alors celle de mettre en lumière les conditions qui doivent être réunies pour que ces deux activités, le travail et l’accumulation du capital, soient compatibles. À quelles conditions l’enrichissement sans limite des uns améliore-t-il la condition des autres ? Telle est la question centrale de la Richesse des Nations, posée dès l’introduction de l’ouvrage. Loin de l’optimisme qu’on lui prête, l’attitude de Smith traduit son inquiétude profonde face au développement du capitalisme en Europe occidentale, qu’il étudie et attaque avec violence sous le nom de « système mercantile ».

Ricardo, en revanche, ne semble pas partager cette inquiétude. Il se pose une question différente : à quelles conditions le système de prix assure-t-il la reproduction de la société capitaliste ? Pour Ricardo, toute économie est nécessairement en tout temps et en tout lieu capitaliste. Un « pessimiste », somme toute, assez confiant dans l’avenir.

Daniel DIATKINE

Bibliographie :

- A. BÉRAUD & G. FACCARELLO dir., Nouvelle Histoire de la pensée économique, t. 1, La Découverte, Paris, 1992
- J. BENTHAM, « Defence of Usury », in Jeremy Bentham’s Economic Writings, W. Stark, G. Allen et Unwin, Royal Economic Society, 1952
- G. DELEPLACE, Histoire de la pensée économique, Dunod, Paris, 1999
- S. HOLLANDER, Classical Economics, University of Toronto press, Toronto, 1992 ; « The economics of David Ricardo », in Studies in Classical Political Economy, vol. 2, University of Toronto Press, Londres, 1979
- J. M. KEYNES, « The General Theory of employment, interest and money », in The Collected Writings of John Maynard Keynes, D. Moggridge éd., MacMillan, Londres St Martin’s press for the Royal economic Press, t. VII, New York, 1973
- T. R. MALTHUS, An Inquiry into the Nature and Progress of Rent, and the Principles by which it is regulated, John Murray, Londres, 1815. Principles of Political Economy, considered with a view to their practical application, J. Murray, Londres, 1820
- K. MARX, Theorien über den Mehrwert (4. Band des Kapitals), Dietz Verlag, Institut für Marxismus-Leninismus, Berlin, 1959 ; Théories sur la plus-value, 3, chapitres XIX à XXIV et annexes, texte français établi par G. Badia, J. Bidet, J. Chabbert et L. Favre, Éditions sociales, Paris, 1978
- J. S. MILL, « Essays on some Unsettled Questions in Political Economy », in Collected Works of John Stuart Mill, t. IV, University of Toronto Press, Toronto, 1967
- D. RICARDO, « On the Principles of Political Economy and Taxation », in The Works and Correspondence of David Ricardo, P. Sraffa éd., avec la collaboration de M. H. Dobb, t. 1, University Press, Cambridge, 1951 ; Des principes de l’économie politique et de l’impôt, trad. C. Soudan, collab. B. Delmas, T. Demals, F.-R. Mahieu. et al., présentation F.-R. Mahieu, Flammarion, Paris, 1993
- J. B. Say, Traité d’économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses, O. Zeller, Osnabrück, 1966
- A. SMITH, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, R. H. Campbell et A. S. Skinner éd., Clarendon Press, Oxford, 1979 ; Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, trad. G. Garnier, rev. A. Blanqui, introd., éd. et index D. Diatkine, Flammarion, 1991
- P. SRAFFA, Production of Commodities by Means of Commodities : prelude to a critique of economic theory, Cambridge University Press, Cambridge ; Production de marchandises par des marchandises : prélude à une critique de la théorie économique, trad. S. Latouche, Dunod, Paris, 1999, 2e éd., rév. et présentation G. Deleplace
- R. TORRENS, An Essay on the Production of Wealth, with an appendix in which the principles of political economy are applied to the actual circumstances of this country, Longman, Hurst, Rees, Orme and Brown, Londres, 1821.


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