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Siemens abandonne l’électroménager pour mieux investir dans l’énergie

Le Monde - 27.09.2014

mardi 30 septembre 2014

Le groupe vend à Bosch ses 50 % de leur filiale de produits blancs

Journée historique pour Siemens. Lundi 22 septembre, le colosse industriel allemand a annoncé simultanément deux opérations majeures. Pour 3 milliards d’euros, il va céder à son compatriote Bosch ses 50 % de leur filiale commune dans l’électroménager, quittant un métier dont il était un des acteurs-clés depuis un siècle.

Au même moment, il va lancer une OPA amicale sur le fabricant américain de turbines et compresseurs Dresser-Rand, pour 7,6 milliards de dollars, soit 5,8 milliards d’euros.

Avec ces deux transactions, le nouveau patron Joe Kaeser commence à redessiner les contours du conglomérat, vitrine de la réussite économique de l’Allemagne. Ancien grand argentier de Siemens, M. Kaeser a remplacé Peter Löscher en août 2013, lorsque celui-ci a été débarqué à la suite d’une série de déboires industriels et de résultats financiers décevants.

Depuis, M. Kaeser a dévoilé un nouveau plan stratégique, " Vision 2020 ". Objectif : améliorer les marges et recentrer le groupe sur ses points forts, en donnant la priorité à trois métiers, dont l’énergie.

Rapidement, le nouveau dirigeant a annoncé la suppression de 11 600 postes. Les manœuvres stratégiques, elles, tardaient jusqu’à présent à se concrétiser. Siemens a bien tenté d’acheter les activités d’Alstom dans l’énergie. Mais le soutien du ministre de l’économie français, Arnaud Montebourg, n’a pas suffi, et l’affaire a été remportée en juin par General Electric, le grand rival américain de Siemens, moyennant 12,3 milliards d’euros…

Aujourd’hui, les mouvements d’ampleur arrivent enfin. Et le premier, la vente de l’électroménager, constitue une relative surprise. Dans ce domaine, Siemens et Bosch étaient associés depuis 1967. Une alliance de plus de quarante-cinq ans particulièrement fructueuse. Bosch und Siemens Hausgeräte (BSH), la filiale dont ils détenaient chacun 50 %, est devenue au fil du temps le numéro un en Europe, avec un chiffre d’affaires de 10,5 milliards d’euros en 2013, et 50 000 salariés.

En France, la société a détrôné FagorBrandt. A son catalogue, des lave-linge, des lave-vaisselle, des réfrigérateurs, des fours ou encore des machines à café.

Malgré cette très belle position, la nouvelle direction de Siemens a jugé le moment venu de sortir de ce métier ancien. La compétition y est sans merci, notamment avec les industriels turcs et asiatiques. Et les perspectives de croissance restent faibles, surtout en Europe.

Siemens n’est pas seul à avoir abouti à cette conclusion. En juillet, la famille propriétaire d’Indesit, le numéro un italien, a cédé l’entreprise à l’américain Whirlpool. Et, le 8 septembre, General Electric a aussi tiré un trait sur une histoire de plus d’un siècle, en vendant sa branche électroménager au suédois Electrolux.

Plus motivé que Siemens par ce secteur, Bosch va devenir seul actionnaire de BSH. Une façon de rééquilibrer un peu ses activités. En 2013, le groupe a réalisé 66 % de son chiffre d’affaires dans les équipements automobiles, un domaine où il figure parmi les trois leaders mondiaux.

Cette sortie de l’électroménager facilite financièrement l’acquisition de Dresser-Rand, pour laquelle Siemens a dû payer le prix fort. Plusieurs candidats étaient sur les rangs, dont l’inévitable General Electric, mais aussi le suisse Sulzer, désormais dirigé par… M. Löscher, l’ex-patron de Siemens. Pour l’emporter, le géant allemand a accepté de payer 83 dollars l’action, moitié plus que ce qu’elle cotait à Wall Street il y a six mois.

Le jeu en vaut la chandelle, juge M. Kaeser. Ensemble, les groupes de Munich et d’Houston (Texas) vont constituer " un fournisseur de classe mondiale pour les marchés pétrolier et gazier ", a-t-il souligné lundi. Des marchés en plein essor aux Etats-Unis grâce au gaz de schiste.

Dresser-Rand (8 100 personnes) est l’un de ceux qui bénéficient de cette révolution. Ces dernières années, son chiffre d’affaires n’a cessé de grimper, pour atteindre 3 milliards de dollars en 2013. Une expansion dont Siemens entend désormais profiter lui aussi.

Denis Cosnard


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