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L’Europe, maillon faible de l’économie mondiale

Le Monde - 27.09.2014

mardi 30 septembre 2014

L’atonie de l’activité sur le Vieux Continent, et surtout dans la zone euro, préoccupe le reste de la planète

Le Vieux Continent inquiète : trop de pays y affichent une croissance atone, minée par l’inflation basse. Mercredi 17 septembre, Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, a sonné l’alarme : " La conjoncture européenne fait partie des risques pesant sur l’économie mondiale. "

Après le Fonds monétaire international, l’OCDE a, elle aussi, le 15 septembre, appelé les Etats concernés à réagir contre le " décrochage de la zone euro ". Ce week-end, ce sont les grands argentiers de la planète réunis au G20 finance de Cairns (Australie), qui se pencheront au chevet de la reprise, jugée décevante. Premier patient sur leur liste : l’Union européenne (UE) et surtout, la zone euro.

Avec 23,4 % du PIB mondial (17 % pour la zone euro), celle-ci reste la première puissance économique, au coude à coude avec les Etats-Unis (22,5 %) et devant la Chine (12,3 %). " Si elle cale, le reste du monde cale aussi ", résume Frederik Ducrozet, économiste au Crédit agricole CIB.

De fait, le moteur américain à lui seul ne peut suffire à tirer la croissance mondiale, tandis qu’au Brésil, en Inde ou en Chine, la consommation intérieure n’est pas encore assez solide pour compenser la baisse des échanges avec le Vieux continent. " Pour l’instant, car ces pays sont en train de s’organiser pour se passer de nous : ils ont compris que le marasme européen va durer longtemps ", explique Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes.

Une croissance anémique
La maigre reprise enregistrée fin 2013 s’est presque aussitôt essoufflée, et les perspectives ne sont guère réjouissantes. Selon le FMI, le PIB de la zone euro devrait croître d’à peine 1,1 % en 2014 et 1,5 % en 2015. Et encore ces chiffres sont optimistes. " La croissance potentielle de la zone euro s’est effondrée, elle est désormais de 0,3 % par an tout juste ", assène quant à lui Patrick Artus, chef économiste de Natixis.

Motif ? Le taux de chômage structurel – c’est-à-dire quasi incompressible – s’est envolé pendant la crise, passant de 7,5 % en 2007 à 10,5 % en 2014, selon les estimations de Natixis. S’ajoutent à cela le processus de désendettement à l’œuvre dans les pays du Sud, l’effondrement des marges et de la compétitivité en France ou en Italie, et les politiques budgétaires restrictives. " Tous les moteurs ou presque sont à plat ", résume Jonathan Loynes, chez Capital Economics.

Certes, l’Espagne et le Portugal vont un peu mieux, tandis que la reprise se raffermit au Royaume-Uni. Mais au deuxième trimestre, la France (0 %) et l’Allemagne (– 0,2 %), deux des grandes économies de l’UE, ont décroché…

C’est pour cette raison que Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé, en août, les Etats à accélérer les réformes structurelles susceptibles d’augmenter la croissance potentielle : la politique monétaire ne pourra pas, à elle seule, réanimer l’activité.

Des investissements insuffisants
C’est l’autre point noir de la zone euro : l’investissement peine à redémarrer, y compris en Allemagne. Or, celui-ci est la première étincelle annonçant le véritable retour de la croissance. Si les entreprises n’investissent pas – malgré les mesures incitatives telles que le crédit impôt compétitivité emploi en France –, c’est parce qu’elles ne voient aucune raison de le faire : les carnets de commandes sont à plat. Et tant que la demande des consommateurs ne redémarrera pas, elles resteront attentistes.

Or, avec 11,5 % de chômage en moyenne dans la zone euro et des salaires qui stagnent, la demande n’est pas prête de repartir. " La hausse progressive du salaire minimum en Allemagne ira dans le bon sens, mais cela ne suffira pas ", souligne Daniel Cohen, professeur d’économie à l’Ecole normale supérieure. Voilà pourquoi Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a proposé 300 milliards d’euros de grands projets, notamment dans les infrastructures. De quoi regonfler les carnets de commande des entreprises et, si cela fonctionne, relancer le cycle de l’investissement privé.

Des finances publiques minées par la faible inflation
L’inflation dans la zone euro est tombée sous la barre des 2 % en février 2013 et, aujourd’hui, ne dépasse guère les 0,5 %. Au point que certains économistes redoutent qu’une spirale déflationniste à la japonaise ne s’enclenche… " En vérité, une inflation durablement basse est tout aussi dangereuse, car elle ralentit le processus de désendettement des Etats ", explique Philippe Waechter, chez Natixis AM.

Or, la dette publique de la zone euro, de 66,4 % du PIB en 2007, culmine aujourd’hui à 93,9 %. En France, elle devrait s’établir à 95,4 % en 2014 et 96,1 % en 2015. Mais en cas de déflation, l’endettement dépasserait les 100 % du PIB dès 2015, selon l’agence de notation Fitch… Et la situation est encore plus inquiétante en Italie (135 % du PIB en 2014). Ou en Grèce (175 %), où une nouvelle restructuration ne serait pas exclue.

Même sans en arriver là, l’état dégradé des finances publiques pèsera longtemps sur l’activité, car il contraint les gouvernements à limiter leurs investissements pour réduire leurs déficits.

Des politiques économiques inadaptées
C’est peut-être l’équation la plus complexe à résoudre. Depuis 2011, les pays membres se sont lancés dans des politiques d’ajustement budgétaire sévères afin de combler leur déficit public. Un assainissement indispensable. L’ennui, c’est qu’ils l’ont fait trop vite, et surtout, sans coordination. " Nos politiques économiques sont cacophoniques et cela a coûté très cher à la croissance ", explique M. Subran de chez Euler Hermes.

Selon nombre d’économistes, il conviendrait aujourd’hui que les pays dont les finances publiques sont assainies agissent pour soutenir leurs voisins. Dans une tribune publiée vendredi 19 septembre dans le quotidien Berliner Zeitung, Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, invite ainsi l’Allemagne à " utiliser ses marges de manoeuvre budgétaires pour promouvoir l’investissement" et le pouvoir d’achat des salariés.

Marie Charrel


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