Accueil > 2D1 > chapitre 06 - Marché du travail et chômage > 1 - Les explications traditionnelles du chômage > La baisse du coût du travail bénéficiera aussi aux salaires élevés

La baisse du coût du travail bénéficiera aussi aux salaires élevés

Le Monde - 10.04.2014

samedi 12 avril 2014

En accordant 10 milliards d’exonération de charges, le premier ministre satisfait le Medef

A l’occasion de son discours de politique générale, Manuel Valls a présenté, mardi 8 avril, une baisse du coût du travail conforme aux attentes du patronat. En confirmant le maintien des 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) et l’ajout de 10 milliards d’euros de baisses de charges aussi bien sur les bas salaires que sur les salaires plus élevés, il répond aux revendications du Medef qui a " salué " les annonces du premier ministre.

Le Medef plaidait depuis plusieurs semaines pour que les nouveaux allégements ne concernent pas uniquement les bas salaires, qui créent davantage d’emplois, mais bénéficient aussi aux entreprises exportatrices, où les salaires sont souvent plus élevés. " Je refuse d’opposer l’effort pour les emplois les moins qualifiés – dont nous avons besoin – et celui pour les emplois qualifiés qui font notre compétitivité ", a expliqué le premier ministre. Il a décidé de couper la poire en deux.

Pour les bas salaires 4,5 milliards d’euros permettront dès 2015 de renforcer les " allégements Fillon ", qui concernent tous les salariés payés entre 1 et 1,6 smic (soit environ 2 300 euros brut) et qui coûtent déjà 20,7 milliards d’euros par an. " Au niveau du smic, les cotisations patronales à l’Urssaf seront entièrement supprimées au 1er janvier 2015 ", a annoncé M. Valls. Selon le ministère du travail, les exonérations de charges, qui atteignent, au niveau du smic, 28,1 % pour les entreprises de moins de 20 salariés et 26 % pour les autres, vont être portées à environ 30 %, soit une baisse de près de 58 euros pour un smicard.

Selon la même source, les dernières cotisations restantes pour la sécurité sociale, celles pour le 1 % logement, la contribution solidarité autonomie et une partie fixe des cotisations accident du travail vont être supprimées. Les employeurs de salariés au smic resteront en revanche soumis aux cotisations Unedic et à celles pour les retraites complémentaires, soit environ 10 % du salaire brut. Les exonérations seront toujours dégressives jusqu’à 1,6 smic et les 20 milliards du CICE concerneront les salaires jusqu’à 2,5 smic.

En tout, les exonérations de charges et les crédits d’impôt sur les bas salaires atteindront en 2015 plus de 45 milliards d’euros.

Pour les hauts salaires En 2016, 4,5 milliards d’euros supplémentaires permettront de l’autre côté de baisser le coût du travail pour tous les salariés payés jusqu’à 3,5 fois le SMIC, soit 5 059 euros brut. Les cotisations patronales pour la branche famille, fixées actuellement à 5,25 %, vont diminuer de 1,8 point pour ces salaires. Le gouvernement assure que 96 % des salariés seront concernés.

Un milliard sera enfin consacré dès 2015 à baisser de trois points les cotisations des artisans et des travailleurs indépendants. Ce geste est destiné à satisfaire l’Union professionnelle des artisans (UPA) qui s’inquiétait que le crédit d’impôt compétitivité-emploi ne concerne que les patrons employant des salariés. " Cette mesure vient enfin compenser le fait que les travailleurs indépendants ne bénéficient pas pour eux-mêmes du crédit d’impôt compétitivité-emploi ", s’est réjoui l’organisation. A cela s’ajoutent les 8,5 milliards de baisse de la fiscalité des entreprises d’ici à 2017.

Les contreparties En échange de cette baisse du coût du travail, M. Valls a rappelé qu’il attendait que des négociations débutent dans les branches " dans les prochaines semaines " autour de la " création d’emplois ". Ces négociations ont été décidées lors de la signature d’un " relevé de conclusion " le 5 mars entre le patronat et trois syndicats majoritaires (CFDT, CGC et CFTC).

Le premier ministre n’a en revanche pas confirmé la création d’un " observatoire des contreparties ", qui avait été promis par François Hollande lors de sa conférence de presse de janvier. Sur ce point, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a expliqué sur France Inter mercredi matin qu’il demanderait des précisions vendredi, à l’occasion de la première rencontre officielle entre M. Valls et les partenaires sociaux.

Le Medef a jusqu’ici toujours refusé de s’engager sur des objectifs chiffrés contraignants de créations d’emplois, mais les économistes sont presque tous d’accord pour affirmer que les " allégements Fillon " permettent de sauver ou de créer des centaines de milliers emplois.

Ils ne s’entendent pas en revanche sur un nombre précis, les estimations allant de 400 000 à plus d’1 million d’emplois sauvegardés ou créés. Une note du Trésor remise fin février au Haut Conseil au financement de la protection sociale estimait que les 10 milliards de baisse de charges permettraient de créer entre 134 000 et 300 000 emplois.

Jean-Baptiste Chastand


Les syndicats divisés sur les annonces de M. Valls

Les syndicats se sont montrés divisés face aux annonces du premier ministre sur le coût du travail. La CFDT a salué des " orientations - qui - répondent aux principaux défis à relever ". " Le premier ministre semble avoir entendu le cri d’alerte de la classe moyenne ", a abondé la CGC. " Zéro charge pour les salaires payés au smic, c’est condamner des millions de salariés aux bas salaires. Dire que le pays ne pourra se redresser qu’en baissant massivement le coût du travail nous précipite un peu plus dans la crise ", a en revanche dénoncé la CGT.

Force ouvrière a assuré de son côté que " le gouvernement fragilise le financement de la Sécurité sociale ". " Les contreparties relèvent de l’illusion ", estime le syndicat.


| Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Quelques lectures utiles (académie de Paris)