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Bientôt un salaire minimum allemand

Le Monde - 02.04.2014

samedi 5 avril 2014

Il devait être adopté en conseil des ministres, le 2 avril. Le salaire horaire sera de 8,50 euros brut au 1er janvier 2015

En principe, c’est mercredi 2 avril que devait être adopté, à Berlin en conseil des ministres, le texte le plus emblématique de l’actuelle législature : l’introduction d’un salaire minimum légal pour tous les Allemands. Il devrait être fixé à 8,50 euros brut de l’heure (contre 9,53 euros en France) au 1er janvier 2015.

Angela Merkel s’opposait à un salaire minimum légal et national. Mais, à l’automne 2013, elle a dû céder au SPD (Parti social-démocrate) qui avait fait d’un revenu s’appliquant à toutes les branches de l’économie, et à tous les Allemands, une condition de son ralliement à sa coalition.

Le ministère du travail allemand évalue à 3,7 millions le nombre de bénéficiaires potentiels. L’Institut IFO de Munich, très critique, affirme, lui, que 5 millions de personnes, soit 14 % des salariés, seront concernés. Outre un petit coup de pouce à la consommation, ce salaire minimum constitue une véritable révolution dans un pays où la " Tarifautonomie ", l’autonomie de fixation des salaires, des partenaires sociaux a valeur constitutionnelle. Pour le SPD, il va favoriser la demande et diminuer les aides publiques pour réduire le coût du travail.

L’introduction du " smic " allemand intervient alors que, dans la première économie de la zone euro, avec un taux de chômage de seulement 6,7 %, des milliers de salariés font grève, pour protester contre la stagnation de leurs revenus. En 2013, ils ont reculé de 0,1 % compte tenu de l’inflation.


L’Allemagne s’apprête à adopter un salaire minimum à 8,50 euros brut de l’heure

La mesure devrait être examinée en conseil des ministres, mercredi 2 avril. Elle entrera en vigueur dans tout le pays à partir du 1er janvier 2015

C’est en principe mercredi 2 avril que doit être adopté, à Berlin en conseil des ministres, le texte le plus emblématique de l’actuelle législature : l’introduction d’un salaire minimum légal. Selon ce texte, un salaire minimum à 8,50 euros brut de l’heure (9,53 euros en France) sera introduit dans toute l’Allemagne le 1er janvier 2015.

Seules deux catégories de salariés pourront être rémunérées à un niveau inférieur : les jeunes de moins de 18 ans qui n’ont pas terminé leur formation et, durant six mois, les chômeurs de longue durée qui reçoivent un coup de pouce financier de l’agence pour l’emploi. Sur 1,1 million de chômeurs de longue durée, seuls 16 000 sont concernés.

Les femmes, discriminées

Contrairement à ce que souhaitait le patronat, aucune branche professionnelle n’est exclue du dispositif. Mais les branches qui ont signé un accord pour parvenir progressivement à ce salaire minimum pourront voir celui-ci entrer en application le 1er janvier 2017 seulement. Cela concernerait une quinzaine de branches.

Enfin, une commission composée de trois représentants syndicaux, trois représentants patronaux et un président neutre décidera de la revalorisation du salaire minimum le 1er janvier 2018.

Etonnamment, les partisans du salaire minimum ont plutôt tendance à en minorer les effets. Le ministère du travail évalue le nombre de bénéficiaires potentiels à 3,7 millions. L’institut IFO de Munich, très critique, affirme que 5 millions de personnes, soit 14 % des salariés, seront concernés.

En 2011, derniers chiffres officiels connus, 24 % des salariés de l’ex-Allemagne de l’est gagnaient moins de 8,50 euros de l’heure, un phénomène qui ne concernait " que " 11 % des salariés de l’ouest. Dans tout le pays, ce sont surtout des femmes qui sont concernées. Elles sont doublement discriminées parce qu’elles travaillent dans des secteurs peu rémunérateurs et sont à temps partiel.

Le patronat a bataillé pour multiplier les exceptions, tandis que les syndicats plaidaient l’inverse. A l’issue d’une réunion entre la chancelière Angela Merkel (qui reste présidente de la CDU), Sigmar Gabriel, ministre de l’économie et président du parti social-démocrate, et Horst Seehofer, président de la CSU bavaroise, ce sont plutôt les syndicats qui l’ont emporté. Il est vrai que le projet est porté par le SPD, notamment la ministre du travail et des affaires sociales, Andrea Nahles.

Outre un petit coup de pouce à la consommation, ce salaire minimum constitue une véritable révolution dans un pays où la " Tarifautonomie " des partenaires sociaux a valeur constitutionnelle. Le chancelier Gerhard Schröder (1998-2005) se plaît à raconter qu’il aurait volontiers instauré un salaire minimum mais que les syndicats s’y étaient opposés au nom de cette fameuse autonomie de fixation des salaires.

Mais les temps ont changé. Selon une étude de l’Institut WSI, proche du mouvement syndical, les conventions collectives qui couvraient 76 % des salariés dans l’ouest de l’Allemagne et 63 % à l’est en 1998 ne concernaient plus, en 2012, que 60 % des salariés de l’ouest et 48 % à l’est. Même dans la métallurgie, 42 % des entreprises n’appliqueraient plus l’accord de branche. Conscients que le rapport de forces ne leur est plus favorable, les syndicats sont désormais les plus farouches partisans d’un salaire minimum légal.

Les experts sont cependant divisés sur les conséquences de l’introduction d’un salaire minimum sur l’emploi. L’Institut IFO estime que 900 000 emplois pourraient disparaître, dont 340 000 à plein temps. Sans avancer de chiffres, le patronat estime que l’emploi des jeunes souffrira d’un salaire minimum s’appliquant dès 18 ans.

Les adversaires du salaire minimum font remarquer qu’en France, les aides publiques pour réduire le coût du travail sur les bas salaires s’élèvent à 22 milliards d’euros.

Pour le parti social-démocrate, qui avait fait de l’introduction du salaire minimum le thème central de sa campagne électorale, il va favoriser la demande et diminuer les aides publiques. En effet, actuellement, 1,3 million de salariés (dont 218 000 travaillant à plein temps) reçoivent une aide de l’Etat car ils ne gagnent pas assez pour vivre correctement. Cette aide coûte 11 milliards par an à l’Etat. L’introduction d’un salaire minimum devrait permettre à certains salariés de ne plus percevoir ce coup de pouce.

Frédéric Lemaître


Des revenus qui stagnent, des milliers de salariés en grève

Après trois ans où les salaires réels ont augmenté en Allemagne, 2013 a marqué une inversion de tendance. Les revenus salariaux ont progressé de 1,4 % mais comme l’inflation a été de 1,5 %, les salariés ont perdu un peu de pouvoir d’achat : 0,1 %, selon l’office central des statistiques, Destasis.

C’est du jamais-vu depuis la récession de 2009. En 2010, le pouvoir d’achat des salariés avait augmenté de 1,5 %. En 2011, la hausse était de 1,2 % et elle avait été de 0,5 % en 2012. Selon Destatis, les salaires stricto sensu ont progressé en 2013, mais les primes liées aux performances économiques des entreprises ont fortement chuté, notamment dans le secteur financier. D’où le manque à gagner global pour les salariés.

Au moment où toute l’Europe attend de l’Allemagne qu’elle accroisse sa demande, ces chiffres ne constituent pas une bonne nouvelle, même si l’augmentation inattendue des ventes au détail en février (+1,5 % sur un mois) montre que les Allemands puisent actuellement dans leurs économies pour consommer.

Alors que la métallurgie, principale branche du secteur privé, avait signé dès mai 2013 un accord pour les salaires couvrant aussi 2014, la chimie a conclu en février un accord prévoyant une augmentation de 3,7 % sur treize mois.

Même si les 5 400 pilotes de Lufthansa avaient prévu de se mettre en grève du 2 au 4 avril pour leurs salaires et leurs conditions de départ en retraite, ce sont les négociations salariales dans le secteur public qui dominent l’actualité. Depuis plusieurs semaines, d’importantes grèves perturbent les services publics.

Moins compétitifs

Lundi 31 mars, en fin de journée, les partenaires sociaux concernés indiquaient se revoir mardi matin, signe d’un rapprochement entre les positions. Le syndicat des services, Verdi, réclame 100 euros d’augmentation pour tous et une hausse de salaire de 3,5 % pour les 2,1 millions d’agents des différentes fonctions publiques concernées. Il semble que les pouvoirs publics bloquent sur les 100 euros.

Cette mesure donne un coup de pouce aux bas salaires mais rend les agents publics moins compétitifs par rapport aux salariés du privé avec lesquels ils peuvent être en concurrence, notamment pour les transports publics ou l’entretien de la voirie. Les grèves auraient jusqu’à présent mobilisé 43 000 personnes. En 2012, lors des dernières négociations, 200 000 personnes y avaient pris part.

F. Le.


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