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En quête du consommateur perdu

Alternatives Economiques n° 330 - décembre 2013

samedi 21 décembre 2013

La reprise qui s’esquisse dans le monde développé est en quête d’un second souffle, comme le montrent les récents chiffres européens, le ralentissement des émergents ou l’irrégularité des signaux américains. Tous les gouvernements se sont mis de façon synchrone au chevet de leur offre, mais l’embellie des climats d’affaires ne reflète pour l’heure qu’un redressement de la profitabilité et que le mieux d’une poignée d’entreprises exportatrices positionnées sur des segments porteurs. Tôt ou tard, cette reprise par l’offre devra trouver son débouché si elle veut être pérenne et gagner en ampleur. Or, chaque région du monde semble en être le passager clandestin.

Que voit-on d’abord du côté des Etats-Unis ? Un redéploiement des entreprises vers les Etats à faible coût et une profitabilité record (la part des profits dans le revenu culmine au-dessus de ses records des années 1950). Mais la reprise industrielle demeure molle et la production inférieure de 5 % à ses pics d’avant-crise. Son pouvoir de diffusion est faible, comme le rappellent les récents travaux d’Emmanuel Saez : de 2009 à 2012, le pouvoir d’achat de 99 % des familles américaines a quasi stagné, 95 % des gains étant capté par 1 % des familles les plus riches. Or, c’est sur cette "panne redistributive" que la crise a pris racine. Et l’endettement privé ne peut plus pallier aujourd’hui l’absence de recyclage des fruits de la croissance. C’est donc le dumping monétaire - la baisse de la valeur du dollar - qui permet aux entreprises américaines de restaurer leur offre.

Du côté de la Chine, l’investissement résidentiel à crédit maintient à flot la croissance. Mais toujours pas de consommation et de recentrage des moteurs en vue. Le Japon, lui, cherche à sortir de la boucle déflationniste dans laquelle il est enfermé depuis vingt ans par la dépréciation de son change, misant donc sur la consommation des autres.

Côté européen, l’embellie des enquêtes industrielles est d’abord le fait des entreprises exportatrices dont la portée de tir va au-delà des frontières de la zone. Pour la myriade d’entreprises à débouché local, le marché intérieur est un piège de déflation salariale ou sociale larvée. Comme de surcroît, la zone euro est la seule qui ne joue pas le dumping de sa monnaie, les pressions à la modération salariale et fiscale demeurent intenses. Même le très libéral hebdomadaire The Economist s’interroge aujourd’hui sur ce déséquilibre en défaveur du travail.

Le faible coût du capital, la démocratisation de la robotique et le niveau élevé du chômage façonnent une reprise par l’offre et l’investissement. Mais une reprise qui, en prise à ses démons déflationnistes, risque de caler sur une crise des débouchés et une nouvelle fuite financière vers des marchés de capitaux à fort rendement. Face à cela, le débat sur le salaire minimum est revenu sur le devant de la scène aux Etats-Unis et en Allemagne. Ce n’est pas un hasard et son issue est décisive.

Olivier Passet, directeur des synthèses économiques, Groupe Xerfi


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