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Morosité, quand tu nous tiens

Le Monde - 08.12.2013

dimanche 8 décembre 2013

Une nouvelle récession ? Non. Un nouveau repli, probablement. Les économistes finissent par ne plus savoir quels mots employer pour décrire la panne de croissance dans laquelle la France s’est engluée depuis trois ans et dont elle ne parvient pas à sortir. Les optimistes parlent de reprise " très poussive ", les pessimistes d’" atonie de l’activité ". Mais au fond, tous sont d’accord avec Xavier Timbeau, le directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), lorsqu’il constate que " l’économie française est loin d’aller mieux " et que le chômage, quand bien même il serait en cours de stabilisation (ce qui reste à prouver), reste extrêmement élevé.

Le taux de chômage, au sens du Bureau international du travail, s’élève à 10,9 % (10,5 % en métropole), et le chômage de très longue durée, au-delà de deux ans, frappait en octobre 1 022 200 personnes. Sur un an, il a augmenté de 17 %. " La situation est grave ", pointe sobrement le patron des prévisionnistes de l’OFCE. On ne saurait mieux dire.

Deux enquêtes de conjoncture sont venues récemment doucher les espoirs d’amélioration et souligner que la France détonnait dans la zone euro. Les indices synthétiques des directeurs d’achat (PMI/Markit) de novembre témoignent d’une perspective très négative avec un décrochage français net dans le secteur manufacturier et dans celui des services.

Patrick Artus (Natixis) observe que " le PMI - plutôt manufacturier - de la France prédit bien le glissement annuel du produit intérieur brut - PIB - en volume avec un trimestre d’avance et la croissance trimestrielle du PIB courant ". Fort de cette analyse, il juge possible une contraction économique au quatrième trimestre 2013 et un PIB en glissement annuel négatif au premier trimestre 2014.

L’économiste France de BNP Paribas, Hélène Baudchon, est plus réservée sur " la qualité de signal avancé " délivré par les enquêtes PMI, dont elle juge les échantillons " étroits ". " On reste sur une évolution favorable ", estime-t-elle, tout en reconnaissant ne pas anticiper de redémarrage " rapide " ou " vigoureux " de l’emploi. Elle fait même pire ! Elle prévoit un taux de chômage à 11,5 % au premier semestre 2014 avant une stabilisation au second. L’horizon ne se dégage vraiment pas.

La seconde enquête préoccupante est celle de la Commission européenne sur le climat des affaires. Publiée le 28 novembre, elle témoigne d’une amélioration de ce dernier dans quatre des cinq économies les plus importantes de la zone euro — Italie (+ 1,9), Espagne (+ 1,4), Pays-Bas (+1,3) et Allemagne (+ 0,8), et une détérioration en France (— 0,9) —, alors que depuis le printemps l’Hexagone était au diapason de la zone euro.

" Il n’y a plus d’investissement. La demande ne se ranime pas. Il n’y a aucun signal de redémarrage. Nous sommes toujours dans un scénario de croissance en tôle ondulée - autour de zéro - . Pourtant, les industriels ne manquent pas de projets ", analyse Denis Ferrand de COE-Rexecode. " Il est difficile de ne pas relier le décrochage de novembre au déficit de visibilité fiscale dans lequel évoluent les entreprises ", ajoute-t-il. On ne compte plus, selon lui, le nombre d’entrepreneurs qui déclarent " ne pas savoir sur quel pied danser " et avoir " des difficultés à faire des prévisions ". Pas facile, dans un tel environnement, de se projeter dans l’avenir…

"Probablement un tournant"

D’où pourrait venir l’embellie ? Probablement pas de la consommation des ménages, qui a baissé de 0,4 point en 2012 et peu progressé en 2013 (+ 0,3 %, sans le quatrième trimestre). Il est vrai que ce moteur traditionnel de la croissance française surprend souvent par sa résilience, mais la persistance d’un chômage massif et les perspectives économiques générales n’incitent pas à l’optimisme. Du reste, les prévisions de croissance les meilleures pour la France, celles du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques, nous créditent d’un modeste + 1 % pour 2014. Pas de quoi faire des miracles en matière d’emploi ou de pouvoir d’achat.

En l’absence d’un redémarrage de l’investissement des entreprises, c’est plutôt du côté de nos partenaires que pourrait venir l’impulsion. " L’environnement européen est meilleur. La consommation par tête progresse sensiblement en Allemagne, et l’Espagne vient d’enregistrer son troisième trimestre consécutif de hausse des investissements dans le secteur des biens d’équipement. C’est probablement un tournant. Quant à la croissance du Royaume-Uni, elle semble assez fermement établie ", précise M. Ferrand.

L’amélioration de la situation de nos partenaires commerciaux les plus proches peut-elle aider au redémarrage et nous être bénéfique ? Sans doute, mais elle n’est pas à sens unique. L’Espagne, la Grèce, le Portugal vont moins mal, mais au prix de baisses de salaires et de conditions d’emploi toujours plus flexibles. Les gains de productivité ainsi dégagés vont peser très lourd sur l’économie française dont les capacités d’adaptation s’amenuisent. L’écart de compétitivité-coût entre la France et ces pays va à nouveau se creuser, annulant les possibles effets bénéfiques pour les entreprises du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi (CICE) et Paris n’a pas les moyens budgétaires de lancer un nouveau CICE, résume M. Timbeau. " Nous ne devrions pas retomber en récession, ajoute l’économiste, mais la perte de compétitivité de notre économie est plus délétère encore. "

par Claire Guélaud


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