Accueil > 2D2 > Chapitre 03 - Eléments de stratégie > La cession de La Redoute coûtera plusieurs centaines de millions à (...)

La cession de La Redoute coûtera plusieurs centaines de millions à Kering

Le Monde - 06.12.2013

samedi 7 décembre 2013

L’offre de reprise retenue est celle de deux dirigeants du spécialiste de la VPC. Elle limite les licenciements et maintient l’activité dans le Nord

Sept années ont été nécessaires au groupe Kering – ex-PPR – pour se séparer de son pôle de distribution et se recentrer sur le luxe et l’habillement sportif. Parmi les quatre offres en lice pour la reprise de La Redoute – officiellement mise en vente depuis juin 2013 –, le conseil d’administration de Kering a choisi, mercredi 4 décembre, de donner l’entreprise de vente à distance au tandem formé par Nathalie Balla, PDG de La Redoute depuis 2009, et Eric Courteille, directeur financier de Recats.

François-Henri Pinault, PDG de Kering, a fortement soutenu, lors du conseil, ce projet déposé tardivement. Il a l’avantage de limiter à moins de 700 le nombre de licenciements secs en s’appuyant sur des préretraites, des aides à la reconversion ou des départs volontaires.

Ce plan est également le seul qui garantisse le maintien du pôle logistique de La Redoute dans la métropole lilloise, en prévoyant d’y construire un nouveau site. Mme Balla, qui a l’avantage de bien connaître l’entreprise, a la réputation de savoir dialoguer avec les syndicats. Ces critères ont pesé en sa faveur et lui ont permis de devancer les offres de la foncière française Altarea-Cogedim, du fonds américain Gores et d’un entrepreneur local du textile, dont le nom n’a pas été divulgué.

Céder La Redoute coûtera plusieurs centaines de millions d’euros à Kering. La somme exacte sera fixée au terme des négociations engagées avant le " closing " de l’opération, prévu au premier semestre 2014. Martine Aubry, maire socialiste de Lille, qui s’est fortement impliquée pour défendre les emplois dans la région, a quant à elle appelé Kering à donner " des engagements sur les 600 millions d’euros demandés par les repreneurs ".

Prudence des syndicats

M. Pinault a précisé dans Le Figaro du jeudi 5 décembre : " J’assumerai mes responsabilités pour le financement des investissements dans la logistique et l’informatique, celui des pertes d’exploitation inhérentes à un projet de transformation et celui des mesures sociales. Kering confiera aux repreneurs une entreprise financièrement très saine. "

Selon certaines sources, cet engagement pourrait correspondre aux besoins de financement de La Redoute pendant quatre ans. Ce matelas devra permettre aux repreneurs de moderniser la logistique qui a beaucoup vieilli, tout comme l’informatique. Cette recapitalisation doit permettre le comblement des pertes actuelles et celles à venir jusqu’au point d’équilibre annoncé.

Quant au financement des mesures destinées à l’accompagnement social, il devrait être abrité dans une structure financière " ad hoc ", une fiducie.

Les syndicats restent prudents et attendent des garanties. " Que va faire demain Nathalie Balla qu’elle n’a pas fait hier ? C’est la question que tout le monde se pose. Des licenciements, il y en aura ", a affirmé Fabrice Peeters, délégué CGT. Pour sa part, Alain Dieudonné, délégué central CFE-CGC, a déclaré : " Déjà, nous sommes soulagés : il y a un repreneur pour La Redoute ! "

Entrée dans le giron de Kering en 1994, La Redoute a souffert de la crise, du manque d’investissements et de l’arrivée de concurrents comme Zara et H & M mais aussi des gros acteurs d’Internet (Amazon, vente-privée. com….). Même si le vépéciste affichait 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012 et de dix millions de clients, il perd de l’argent depuis 2008, de l’ordre de 30 à 40 millions par an. Et ses ventes se tassent de 10 % par an. Au total, Kering a déjà injecté 400 millions d’euros dans cette filiale en cinq ans.

Cette cession parachève le désengagement de Kering du secteur de la distribution, après les ventes du Printemps, de CFAO, de Conforama, de Redcats et la coûteuse mise en Bourse de la Fnac (388 millions d’euros ont été affectés à sa recapitalisation). Il ne reste plus que Daxon, une PME de vente à distance pour seniors.

Mi-novembre, la direction de Kering avait déjà allumé les clignotants en prévoyant un bénéfice net du groupe français " en très net recul " cette année par rapport à 2012.

D’autant plus que les deux nouveaux piliers de Kering montrent eux aussi de graves signes de faiblesse. Puma sera grevé d’une charge exceptionnelle de 130 millions cette année. Et Gucci, le navire amiral du pôle luxe, a vu ses ventes reculer au troisième trimestre.

Julien Dupont-Calbo et Nicole Vulser


| Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Quelques lectures utiles (académie de Paris)