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Faut-il avoir peur du bitcoin ?

Le Monde - 07.12.2013

samedi 7 décembre 2013

La Banque de France met en garde les utilisateurs de la devise numérique, la Banque de Chine en interdit l’usage.
Ses détracteurs dénoncent une " monnaie du crime ", utilisée notamment par des sites illicites. Ses promoteurs saluent une révolution dans les modes de paiement.
Bulle spéculative ou monnaie du futur ?

Le bitcoin déchaîne les passions. La monnaie numérique, née en 2009, et dont la valeur a quintuplé depuis novembre, fait peur aux autorités monétaires. Jeudi 5 décembre, la Banque de France a mis en garde contre cette devise " hautement spéculative ", représentant un " risque financier certain ". Le même jour, la banque centrale chinoise a interdit aux institutions financières du pays de l’utiliser, prévenant qu’elle n’a " pas de cours légal ".

Les banques centrales reprochent au bitcoin d’échapper à leur contrôle. Leur émission est gérée par un algorithme, programmé pour générer des bitcoins. Et ce jusqu’à ce que leur montant, aujourd’hui de 11,8 millions, atteigne 21 millions d’unités, aux alentours de 2035.

L’algorithme fonctionne grâce à des informaticiens semi-professionnels, surnommés " mineurs ". Qui ont mis leurs ordinateurs en réseau. A chaque fois que leur machine résout des calculs toujours plus complexes, ils reçoivent des bitcoins en récompense.

Les internautes lambda peuvent acheter ces bitcoins sur des places de marché en ligne. Les " pièces " sont stockées sur un portefeuille numérique, puis peuvent être dépensées dans l’un des milliers de sites de commerce en ligne qui les acceptent.

Le grand avantage du bitcoin pour les commerçants est que les transactions sont instantanées et les frais proches de zéro. Problème : le cours du bitcoin est très volatil. Et les régulateurs soupçonnent la devise d’être l’outil idéal pour les fraudeurs, puisque l’identité des utilisateurs reste cryptée. Il est vrai que le bitcoin fut longtemps le moyen de paiement officiel de Silk Road, un site de vente de drogue en ligne, fermé en octobre. Et la monnaie attire toutes les convoitises : ces dernières semaines, les " casses " de porte-monnaie électroniques se sont multipliés.

Pour ses thuriféraires, peu importe que le bitcoin ressemble à une monnaie, son véritable intérêt est la révolution qu’il préfigure. " Il est au virement bancaire classique ce que l’e-mail est au courrier papier ", résume Philippe Herlin, économiste au Conservatoire national des arts et métiers.


Le bitcoin, la e-monnaie qui fascine et affole

La Banque de Chine interdit l’usage de la devise électronique et la Banque de France met en garde ses utilisateurs

Bulle spéculative ou monnaie du futur ? S’il est trop tôt pour le dire, une chose est sûre : le bitcoin n’a pas fini de déchaîner les passions. Jeudi 5 décembre, la Banque de France a mis en garde contre cette devise électronique " hautement spéculative ", représentant, selon elle, un " risque financier certain ".

Le même jour, la banque centrale chinoise a interdit aux institutions financières du pays de l’utiliser, prévenant qu’elle n’a " pas de cours légal ". A la suite de son communiqué, le cours du bitcoin est tombé de 1 200 à 900 dollars (de 878 euros à 659 euros), avant de se stabiliser autour de 1 000 dollars, restant ainsi à un plus haut historique. La valeur de cette sulfureuse monnaie, née en 2009, a en effet quintuplé depuis novembre !

Que lui reprochent, au juste, les autorités monétaires ? D’abord, d’échapper à leur contrôle. Les bitcoins n’obéissent à aucune des règles traditionnelles. Ils ne sont pas supervisés par une banque centrale, comme les euros ou les dollars. Leur émission est gérée par un algorithme informatique, programmé pour générer régulièrement et à un rythme décroissant des bitcoins. Et ce jusqu’à ce que leur montant, aujourd’hui de 11,8 millions, atteigne 21 millions, aux alentours de 2035. " C’est un peu comme une matière première, dont la source se tarit peu à peu ", commente Pierre Noizat, cofondateur de Paymium, une start-up spécialisée sur devise électronique.

Cours très volatil

En pratique, l’algorithme fonctionne grâce à des informaticiens semi-professionnels, surnommés " mineurs ". Qui ont mis leurs ordinateurs surpuissants en réseau. A chaque fois que leur machine résout un certain nombre de calculs toujours plus complexes, ils reçoivent un petit montant de bitcoins en récompense, qu’ils revendent ou dépensent à leur gré.

Les internautes lambda peuvent acheter des bitcoins sur une place de marché en ligne, telle que MtGox ou Bitcoin-Central. Les " pièces " sont stockées sur un portefeuille numérique, puis peuvent être dépensées dans l’un des milliers de sites de commerce en ligne ou traditionnels qui les acceptent. On paie alors à l’aide d’un smartphone, grâce à une application spécifique.

Problème : le cours du bitcoin, très volatil, varie parfois du simple au double dans la même semaine. Pas l’idéal pour le commerce. " C’est ce qui limitera son expansion ", prédit Yannick Naud, de la société d’investissement Glendevon King AM. Les régulateurs soupçonnent également l’étrange devise d’être l’outil idéal pour les fraudeurs en tout genre, puisque l’identité des utilisateurs reste cryptée. Bitcoin, la monnaie du crime ? Il est vrai qu’il fut longtemps le moyen de paiement officiel de The Silk Road, un site Internet de vente de drogue en ligne, fermé en octobre.

Mais les promoteurs de la devise, soucieux de montrer patte blanche aux régulateurs, affirment travailler à une parade. Les grandes plates-formes de vente de bitcoins exigent désormais des utilisateurs de fournir une pièce d’identité pour limiter les risques de blanchiment. Leur argument : peu importe que le bitcoin ressemble à une monnaie, son intérêt est la révolution qu’il représente en matière de mode de paiement. " Il est au virement bancaire classique ce que l’e-mail est au courrier papier ", dit Philippe Herlin, économiste au Conservatoire national des arts et métiers.

Le bitcoin fonctionne comme du " cash " numérique : il passe d’un e-portefeuille à l’autre en quelques minutes, et non après un délai de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Et, contrairement aux virements classiques, il est assorti de frais de transaction quasi nuls. Prenez un internaute achetant un ordinateur sur un site spécialisé. Lorsqu’il valide sa commande, un intermédiaire spécialisé – souvent des start-up, comme BitPay – convertit ses euros en bitcoins, crédite le compte du commerçant, puis les reconvertit en euros. Et cela, pour une commission de 0,99 % seulement, là où pour effectuer le transfert, Visa, MasterCard ou WesternUnion prélèvent 1,5 % à 7 %. " Je suis payé tout de suite et mes clients font des économies ", se réjouit ainsi Patrick Ferrer, le patron du site de matériel informatique Achatnet.pro, converti au bitcoin.

Persuadées qu’il s’agit là d’un mode de paiement qui révolutionnera l’e-commerce, et pas seulement, de plus en plus de start-up se lancent sur le créneau. Les patrons d’eBay et Google ont aussi confié s’y intéresser. " Une fois qu’il sera régulé et taxé, comme c’est déjà le cas en Allemagne, le bitcoin perdra tout intérêt ", prédit un banquier. En attendant, les monnaies électroniques concurrentes – litecoin, ripple et même amazon coin – commencent déjà à fleurir…

Marie Charrel

Une innovation technologique complexe :

Créateur(s) Le bitcoin a été inventé en 2009 par Satoshi Nakamoto, le pseudonyme d’un ou de plusieurs développeurs à l’identité secrète.

" Mineurs " Des informaticiens, appelés " mineurs ", investissent des milliers d’euros dans le matériel informatique réalisant les calculs qui génèrent des bitcoins.

Protocole de paiement Cette chaîne de calcul sert à valider et à répertorier les transactions effectuées partout dans le monde en bitcoins.

Elle forme une base de données publique qui rend impossible la création de faux bitcoins.


Casses et arnaques se multiplient

ALORS QUE des sociétés comme Virgin ont annoncé accepter les paiements en bitcoins, le succès de la e-monnaie, dont le cours a fortement augmenté ces dernières semaines, provoque toutes sortes de convoitises. Il est vrai que le réseau d’ordinateurs qui fait fonctionner le bitcoin se gère lui-même. Et en fournissant de la puissance de calcul au réseau, c’est-à-dire en laissant tourner sur son ordinateur le logiciel qui sécurise les transactions, un utilisateur va acquérir une rémunération.

Cette activité, appelée le " minage ", nécessite des ordinateurs puissants. Certes, plus le temps passe, moins un calcul génère de bitcoins. Mais certains disques durs peuvent ainsi accumuler des réserves de plusieurs millions d’euros, comme l’a rappelé le cas d’un ingénieur britannique ayant malencontreusement jeté un disque stockant l’équivalent de… 4,8 millions d’euros.

On assiste à une " course à l’armement ". En une journée, KnCMiner, un constructeur de matériel informatique consacré au " minage ", a vendu pour 8 millions de dollars (5,9 millions d’euros) d’ordinateurs spécialisés, à 10 000 dollars pièce. Equipé de processeurs spécifiques, le matériel délivré pourrait miner pour environ deux bitcoins par jour, soit actuellement plus de 1 500 euros.

Les sommes en jeu attirent aussi des pirates. Ces derniers temps, les points centraux – ils permettent de convertir la monnaie numérique en monnaies classiques – sont leur cible privilégiée.

C’est le cas de Bitcoin Internet Payment Services (BIPS), un service danois, qui se revendique comme le plus gros point d’échange européen. Le 26 novembre, le site Infoworld a rapporté que BIPS a été visé par une attaque informatique en " déni de service ", destinée à le rendre inaccessible, suivie d’un vol de 1 295 bitcoins, soit plus d’un million d’euros. BIPS a aussitôt décidé de supprimer son service de " porte-monnaie " (pour le stockage en ligne de bitcoins), pour se concentrer sur les échanges.

Début novembre, c’était le porte-monnaie Inputs.io qui était piraté. Le voleur s’est accaparé 4 100 bitcoins, pour une valeur d’un million de dollars de l’époque, soit 4,4 millions de dollars d’aujourd’hui. Le site a depuis fermé. Plusieurs autres attaques ont eu lieu en novembre, concernant de plus petites sommes.

Ces incidents n’ont pas contribué à améliorer l’image de la monnaie, qui est déjà un outil de choix pour l’achat d’objets illicites (armes, drogue, faux papiers…) Elle est même l’unique moyen de paiement dans certains magasins cachés de l’Internet – ils sont sur le " deep Web ", accessible mais pas indexé par les moteurs de recherche classiques. C’est le cas du premier d’entre eux, The Silk Road, fermé début octobre et rouvert un mois plus tard. Ces sites, dont les gestionnaires sont anonymes, sont aussi l’objet de " coups ".

Le plus récent a touché Sheep Marketplace, un équivalent d’eBay spécialisé dans la drogue. Le 2 décembre, le site a annoncé être " tombé " et avoir subi un vol de 5 400 bitcoins appartenant à ses utilisateurs, soit 4,3 millions d’euros. Certains utilisateurs soupçonnent en fait les créateurs du site d’être partis avec la caisse, en blâmant un pirate imaginaire. Au total, plus de 36 millions d’euros auraient disparu.

S’il ne s’agit pas de la première fermeture inopinée parmi les places de marché illicites, celle de Sheep Marketplace est déjà décrite comme " la plus grande escroquerie de l’Internet caché ".

D’autres activités illicites profitent du bitcoin, notamment des virus. Par exemple CryptoLocker, un " ransomware ", infecte un ordinateur et chiffre le contenu du disque dur, rendant les données inexploitables. Le logiciel affiche ensuite ses exigences : un paiement sous quelques jours, sous peine de voir les fichiers définitivement inaccessibles. La rançon pour retrouver les fichiers est payable en bitcoins.

D’autres virus se sont spécialisés dans le minage à partir d’ordinateurs infectés. Plutôt que de laisser fonctionner le logiciel qui permet ce " forage " sur leur propre ordinateur, des utilisateurs créent des virus chargés de miner des bitcoins ailleurs en leur nom. La pratique, encore rare, pourrait se généraliser si elle s’avère efficace.

Guénaël Pépin


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